Le dessin de Jonaten du 27-03
Le dessin de Jonaten du 27-03 © Jonaten / Jonaten

Il y a comme une colère à vif, une indignation intacte, courant au fil des mots. Une exaspération à peine dissimulée, entre les lignes. Les filles de la rédac de Causette en ont eu marre de l’inertie des partis politiques face à plusieurs cas de harcèlement et agressions sexuelles, voire de viols commis par des élus ou des cadres issus de leurs rangs.

Dans les colonnes du prochain numéro de Causette , le dossier s’appelle « Droit de cuissage à la mairie », mais ce sont aussi dans les assemblées départementales, régionales ou au Palais Bourbon que sévissent ces indélicats, délinquants et criminels.

Alors ça balance, là, en pleine figure des candidats, essentiellement socialiste et UMP. A quatre semaines du premier tour de la présidentielle, voilà une enquête bien troussée, sans jeu mot salace. Parité, égalité homme-femme, plan d’aide pour les mères qui travaillent, mesures de soutien aux femmes battues… On en passe et de meilleures intentions. Voilà pour le discours, mais passer de dire ce que je ferai à faire ce que je dis, semble plus difficile… Des noms, des cas concrets, des témoignages de femmes affirmant avoir été victimes d’attouchements non-consentis, voire de viols, collectifs. Des faits dénoncés, donnant parfois lieu à plainte, procès et condamnation, quasiment jamais à exclusion du parti concerné, ni même à sanction. Au contraire, ce sont les femmes qui osent parler, qui trinquent. Dépressions, tentatives de suicide, perte d’emploi, brimades, déménagement. Certaines se retrouvent sans ressources tandis que leurs agresseurs continuent d’émarger au parti, de le représenter de se présenter à des élections. Direction du PS comme de l’UMP ferment les yeux, trouvent des excuses à l’inexcusable, parlent de ne pas déstabiliser la vie de famille des accusés… L’Association Européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail traite une quinzaine de dossiers impliquant des élus, mais estime que le nombre de cas de politiciens aux mains et bouches baladeuses est bien plus élevé. D’après l’AVFT, pour leurs victimes, comme dans les autres milieux professionnels « il est particulièrement difficile de dénoncer des élus tout puissants… Les pressions sont fortes, ils ont le bras long . [Leurs partis, pourtant dirigés parfois par des femmes, ne font pas le ménage ]. Les condamnations sont rares ». Et quand elles sont prononcées, encore plus rarement assorties de peines d’inéligibilité. Résultat, des élus reconnus coupables de harcèlement et/ou agressions sexuelles restent en poste, continuent d’arborer l’écharpe tricolore. « Ils ont une conscience assez nette de leur impunité », dit encore l’AFVT. Chantal Jouanno déplore la « complaisance » avec laquelle sont traitées ces affaires par les partis, une élue socialiste parle de « déni » et « d’omerta la plus totale».

On avait espéré que les affaires Strauss-Kahn auraient le mérite d’ouvrir les yeux des leaders de partis politiques sur leur devoir d’exemplarité. Caramba, encore raté !

© Audrey Pulvar

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