Pièce de monnaie (franc)
Pièce de monnaie (franc) © jovik

La solution est pour le moment balayée d’un revers de main par les dirigeants de la zone euro, notamment Angela Merkel, Nicolas Sarkozy ou Jean-Claude Junker. Pourtant, elle prend de plus en plus de place dans les éditoriaux, les conversations, sur les plateaux télés, dans les discours politiques et dans la bouche d’économistes de renom. Et si la Grèce quittait la zone euro ? Et si l’euro que 17 pays de l’Union utilisent aujourd’hui disparaissait ? Que chacun reprenne son autonomie, la souveraineté consistant à frapper monnaie. Entendez, faire fonctionner à plein la planche à billets.

Certains y voient LA solution qui permettrait de sortir de la situation de crise actuelle. Un pays qui reprend le contrôle de sa monnaie disent-ils, c’est un pays qui maîtrise mieux son solde commercial, peut relancer la consommation, engager des politiques de l’emploi plus efficaces, voire se montrer plus leste quant à l’impératif de remboursement de sa dette. L’inflation ? Oh, un peu d’inflation n’a jamais tué personne. La preuve : regardez donc du côté des Etats-Unis ! Ce qu’il y a de pratique avec les économistes c’est que, comme les médecins nutritionnistes vantant des régimes alimentaires, on en trouve toujours pour contredire avec des arguments tout aussi bétonnés, la théorie apparemment solide de leurs adversaires. Ainsi de ceux, plutôt nombreux, qui font d’abord valoir qu’une sortie de l’euro de la Grèce, et donc pour ce pays une incapacité à régler ce qu’il lui restera de dette, libellée non pas en drachme dévaluée mais en euros, une sortie donc, de la Grèce, placerait les autres économies chancelantes de la zone euro, dans la même perspective. L’Espagne, l’Italie et suivez mon regard… la France seraient tentées, voire contraintes de prendre le même chemin. Avec quel résultat ? Une dévaluation immédiate de leur nouvelle ancienne monnaie, dix, vingt, vingt-cinq pour cents de dévaluation par rapport à l’euro ? Soit une perte de valeur équivalente pour les économies des épargnants, petits et gros. Et le risque de voir émerger un nouveau deutsch mark hyper fort qui tiendrait dans son poing les économies de ses « partenaires européens ». La dette, elle, que certains ne jugent pas utile de rembourser, toujours libellée en euros prendrait dès lors une proportion insoutenable dans le PIB des pays concernés, surtout pour un pays comme la France dont plus des deux tiers de sa dette sont détenus par des investisseurs étrangers. D’un simple point de vue pratique, revenir à une monnaie nationale ne se fait pas du jour au lendemain. C’est tout une société qu’il faut réorganiser, des pièces et billets à frapper de nouveau et à mettre en circulation, une réadaptation des systèmes de paie pour les particuliers et de compensation pour les banques. Tout cela prend au mieux quelques semaines, au pire plusieurs années, comme ce fut le cas quand nous sommes passés de nos monnaies nationales à la monnaie unique européenne. Et pendant ce temps, que croyez vous qu’il se passera ? Qui, détenteur de la plus petite économie, du plus petit livret A, attendra de voir fondre son pécule avant de le retirer de sa banque pour le placer dans un pays à l’économie plus sûre ? On appelle cela un « bank run » : le cauchemar des files d’attentes devant les banques, de particuliers ou de chefs d’entreprises souhaitant récupérer leur argent !

Mais revenons à l’exemple des Etats-Unis, dont on nous rebat les oreilles. En omettant de signaler qu’en trois ans, la Banque centrale américaine a créé, de toutes pièces et sans mauvais jeu de mots, créé près de 3 000 milliards de dollars qu’elle a injecté dans l’économie. C’est plus que les réserves de change accumulées en quinze ans par la Chine, pourtant considérée comme la championne toutes catégories en la matière. Objectif : faire baisser les taux d’intérêts à long terme, renflouer les établissements financiers, inciter les banques à de nouveau prêter de l’argent et les Américains à consommer et surtout, relancer l’emploi ! Cette création effrénée de monnaie, outre qu’elle s’est traduite par une inflation de plus de 4% l’an, n’a quasiment produit aucun des effets escomptés. Les taux d’intérêt à long terme ont mollement baissé, les banques ont thésaurisé au lieu de relancer le crédit et la guerre contre le chômage est toujours aussi peu couronnée de succès. Pire, les fameux « bons du trésor », rachetés à tout va par la Banque centrale américaine, n’intéressent plus aucun investisseur sérieux. Même pas la Chine, elle-même aux prises avec une surchauffe sur son marché immobilier. Chaque mois, c’est du déficit, de l’argent emprunté qui finance 44% des dépenses du gouvernement américain pour payer les salaires de ses fonctionnaires, son système de santé, les retraites… La dette américaine, près de 15 000 milliards de dollars, représente déjà 100 % de son PIB, son déficit public, plus de 11%. Le taux de chômage est officiellement de 10% de la population active, mais en réalité, certains l’estiment à plus de 17%. C’est donc dans ce pays cité en exemple par ceux qui voudraient pouvoir, comme les Etats-Unis, compter sur une banque centrale nationale pour graisser la planche à billets ? Pour le régime, vous préférez le séduisant hyper protéiné, qui fait maigrir vite, mais augmente les risques de maladies cardio-vasculaire, ou le régime légumes, moins rapide, beaucoup moins agréable, mais qui paraît-il, remet en route la machine pour des résultats durables ?

© Audrey Pulvar

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