C’est l’histoire d’un père âgé de 79 ans, qui voit mourir son fils, âgé de 48 ans, menotté, face contre terre, en pleine rue, le visage en sang, le diaphragme comprimé par le genou d’un policier, tandis que deux autres agents lui tiennent les jambes. C’est l’histoire que Simah et Yvette, deux retraités Marseillais, des gens de peu, comme on dit, des gens simples et apparemment sans histoire, ont raconté au correspondant du quotidien Libération . Mercredi dernier, leur fils, Serge, autiste depuis toujours, quasi mutique depuis l’adolescence, a été laissé sur le bitume, en état de mort clinique, par les agents de police qui venaient de l’interpeller. Serge vivait encore chez ses parents, qui avaient de leurs propres mains agrandi leur maison pour lui y installer un espace de vie supportable, lui qui voyait le monde comme une série d’inquiétantes interrogations. Serge n’était pas méchant. Il n’était pas violent, disent ses proches et ses médecins. Nulles crises de démences, nul acte pouvant donner l’alarme, d’après sa famille. Serge était connu et apprécié de tous dans le quartier, où l’on s’accommodait de ses petites manies, de ses promenades quotidiennes, toujours les mêmes, des arbres qu’il aimait effeuiller. Tout le monde l’aimait, sauf peut-être l’une des voisines de ses parents. Conflits de voisinage, procédures… Pas question, ici, de jeter la pierre sur cette femme qui refuse pour le moment de s’exprimer, mais c’est elle qui a appelé la police, mercredi, se disant effrayée par Serge. L’homme était seul, il déambulait sur son parcours habituel. Son père, qui l’accompagnait, s’était arrêté pour parler à une connaissance. C’est quand il a vu passer une, puis deux voitures de police, qu’il a compris que quelque chose clochait. Simah a pressé le pas. Il ne s’attendait pas, à l’angle de la rue, à voir son propre fils agoniser. Simah et Yvette réclament la vérité. Une enquête de l’IGPN a été ouverte. Les policiers disent que Serge semblait en crise. La sœur de Serge affirme qu’il était peureux et qu’en crise, ses seules manifestations d’angoisse consistaient à secouer les mains et à rouler de gros yeux. On est mort pour plus que ça.

Serge mesurait 1m90 et pesait 100kg. Un maousse inoffensif répète sœur. Serge était autiste.

Appuyer sur le dos et la nuque d’une personne menottée, à terre, lui couper la respiration par une « clé », comprimer sa cage thoracique pour l’immobiliser est interdit dans plusieurs pays d’Europe, comme la Belgique ou la Suisse. Cette méthode d’arrestation a valu à la France d’être condamnée, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

© Audrey Pulvar

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