Et maintenant le coup de l’immunité, diplomatique. Ben oui, quoi. Ca vous avait échappé ? Peut-être parce qu’il n’avait sorti cet atout de sa manche que devant les enquêteurs qui l’interrogeaient à Harlem, le 14 mai. C’est la première chose qu’il leur aurait dite, en début d’interrogatoire : « j’ai une immunité diplomatique ». Atout très vite remisé, oublié, inutilisé tout au long du « cauchemar » des quatre mois pendant lesquels il était sous le coup d’accusations pouvant lui valoir plus de 70 ans de prison. Dominique Strauss-Khan disposait, en tant que président du FMI au moment de sa « rencontre » avec Nafissatou Dialo, d’une immunité diplomatique absolue, d’après ses avocats, qui devrait lui permettre de se soustraire au procès au civil que lui intente son accusatrice. Ils ont déposé avant-hier devant le tribunal du Bronx qui était censé juger Dominique Strauss-Kahn, un rapport de 25 pages en ce sens. Le problème, c’est de trouver deux personnes d’accord sur la réalité de cette immunité. Des experts juridiques tout aussi qualifiés les uns que les autres estiment soit que cette immunité s’applique, car les faits se sont déroulés alors que Dominique Strauss-Kahn séjournait dans une chambre payée par le FMI et en « transit », pendant deux jours à New York, avant un important rendez-vous avec Angela Merkel ; soit qu’elle ne concernait que les actes commis dans le cadre des fonctions officielles de l’ex-président du FMI. Or, une relation sexuelle, consentie ou pas, entre-t-elle dans ce que les statuts du FMI considèrent comme des fonctions officielles ? Le tribunal du Bronx prendra, nous dit-on, deux ou trois mois, voire plus s’il y a appel, pour se prononcer. Les défenseurs de Nafissatou Diallo parlent de manœuvre dilatoire et tentent de faire bonne figure. Si Dominique Strauss-Kahn n’a rien à se reprocher, pourquoi esquive-t-il l’interrogatoire auquel il sera soumis devant le tribunal du Bronx, lors de son procès ? La question à laquelle il doit répondre c’est « que s’est-il passé dans cette chambre d’hôtel » ? S’il n’a rien fait de mal, pourquoi se prévaloir d’une immunité ? En effet ce sont les premières questions qui viennent à l’esprit. En fait, de l’avis d’avocats américains spécialisés dans ce genre d’affaire, il ne s’agit que d’un écran de fumée. D’après eux, les conseils de DSK abattent là une carte maîtresse, car il s’agit moins d’éviter à leur client d’être interrogé à la barre d’un tribunal, que d’épuiser financièrement l’adversaire. Les deux cabinets et leurs deux clients célèbres n’ayant manifestement pas… comment dire ? La même capacité à mobiliser des fonds… ? Ainsi Le Figaro estime que ces 25 pages d’analyses juridiques produites par le camp Strauss-Kahn ont coûté au moins 100 000 dollars ! Les avocats de Nafissatou Diallo n’ont que quelques jours pour produire un rapport inverse.

© Audrey Pulvar

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