Allez, on débute cette deuxième saison par un coup d’ cœur. Cœur battant fort, leçon de vie, joie de vivre. Celle du sud-africain Oscar Pistorius, dont la vraie performance aux mondiaux d’athlétisme, en Corée du Sud hier a été trop rapidement éclipsée par le faux départ d’Usain Bolt. L’homme force le respect et fait chavirer le public, ses co-équipiers l’appellent affectueusement Bladerunner , rien à voir avec Harrison Ford, ce sont les lames sur lesquelles il courre qui lui valent ce sobriquet. Et si Pistorius était plutôt l’homme aux semelles de vent ? Quelle poésie dans l’œil et le sourire de ce superchampion qui enchaîne les exploits !

11 mois, moins d’un an, c’est l’âge qu’il avait quand, victime d’une malformation, il a été amputé des deux jambes, sous le genou. Son combat contre l’adversité, pour une vie normale et la considération sans commisération des valides, il le mènera sans relâche. Pistorius choisit le sport, il excelle au rugby, prend un virage vers l’athlétisme, à l’âge de 16 ans, et se fixe un objectif : courir assez vite pour défier les athlètes valides. Aux championnats du monde, c’est du jamais vu !

Les efforts, les sacrifices, il ne les consent pas « seulement » pour domestiquer son corps : il lui faut aussi bousculer l’ordre établi. Convaincre que le monde des sportifs valides peut croiser celui des sportifs handicapés. Se battre à la fois pour réaliser les chronos des meilleurs mondiaux et faire accepter les fameuses « lames » grâce auxquelles il se déplace. Plusieurs fois, ses demandes sont rejetées. Pistorius a finalement réussi à faire homologuer son équipement, à démontrer que non, ces lames en fibre de carbone ne lui donnent pas un avantage sur les valides. Un comble, non ? Hier, il a terminé troisième de sa série du 400 mètres et s’est qualifié pour les demi-finales. Le tribunal arbitral du sport, après 4 ans de bagarres, d’expertises et d’arguties, a finalement accepté qu’il s’aligne sur les mêmes pistes que des athlètes dotés de jambes complètes, estimant qu’il s’agissait là « d’un défi de la vie » au XXIème siècle.

Il y a quelques mois, sur cette même antenne, dans cette même rubrique, je vous parlais de l’indignation et de la tristesse d’un jeune homme, en fauteuil roulant, resté cloîtré chez lui, à Paris, pendant plusieurs jours pour cause de panne d’ascenseur… Une illustration supplémentaire du peu de cas fait des handicapés, dans nos villes trépidantes. Puissent les réussites de Pistorius nous y faire songer.

© Audrey Pulvar



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