Le dessin de Jonaten du 29-11
Le dessin de Jonaten du 29-11 © Jonaten / Jonaten

Savoureuse coïncidence, mauvais jeu de mot assumé : c’est pile le jour où des agriculteurs, défenseurs de la biodiversité, appelaient à un rassemblement devant l’Assemblée Nationale contre l’interdiction partielle et la taxation des semences autoproduites, que l’on apprenait l’annulation, par le Conseil d’Etat, du moratoire de la France sur les cultures de maïs génétiquement modifié, commercialisé par le mastodonte Monsanto. D’abord le pot de terre : nos paysans auto-semenciers. Ils ont perdu. Une proposition de loi a été définitivement adoptée par le Parlement, qui les oblige désormais à payer une indemnité, sorte de royalties, aux industriels, quand ils produisent eux-mêmes leurs semences, les semences de ferme, ou les réutilisent d’une année sur l’autre. Pratique jusqu’ici totalement libre. De plus, une partie de ces semences de ferme seront désormais interdites. Certains craignent que ce nouveau coût des semences de ferme ne conduise finalement les agriculteurs à se tourner vers les semences commercialisées, qui pourraient revenir moins cher. Résultat : une diminution de la biodiversité cultivée.

Revenons-en à notre maïs transgénique et à Monsanto. Présent partout dans le monde, dominant déjà l’agriculture de plusieurs pays émergents, mais ne supportant pas que la moindre parcelle du marché mondial lui échappe, Monsanto en avait appelé à la Cour Européenne de Justice pour obtenir la levée de l’interdiction frappant, en France, depuis quatre ans, son fameux MON810. Le pot d’OGM aura obtenu satisfaction. La Cour Européenne, comme le Conseil d’Etat, estiment que preuve n’ayant pas été faite de la nocivité du produit, on ne peut l’interdire. Diamétralement opposée, la France –et une majorité de Français- estiment que, preuve de l’innocuité du produit n’ayant pas été faite, on ne peut l’autoriser. Si le ministre de l’Agriculture n’arrive pas à démontrer, avant avril 2012, moment des nouveaux semis, que le MON810 présente un danger pour l’environnement et la santé publique, les semenciers français pourront de nouveau commercialiser du maïs OGM. Les écologistes hurlent. A raison. En même temps, la dispersion des OGM, c’est comme le nuage de Tchernobyl, ça ne s’arrête pas aux frontières. Gros fournisseur des fruits et légumes présents dans nos assiettes, notre voisin espagnol fait pousser 80 000 hectares d’OGM. C’est tout près, l’Espagne. Et puis les OGM, vous croyez qu’on y échappe vraiment, quand une bonne partie de l’alimentation animale, en France, est assurée par du maïs et du soja transgénique ? Petit problème de logique, non ?

Reste que sans moratoire sur les OGM, sans taxe carbone, alors que les programmes de réduction des émissions de CO2 prennent du retard et tandis que « je voudrais d'ailleurs au point où j'en suis dire un mot de toutes ces questions d'’environnement parce que là aussi, ça commence à bien faire »*, on peut se demander ce qu’il reste du fameux Grenelle de l’Environnement. Et pourtant les menaces liées au dérèglement climatique sont déjà une réalité. En somme, « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs »**.

© Audrey Pulvar

*Phrase prononcée par Nicolas Sarkozy au cours d’une table ronde au Salon de l’Agriculture, le 6 mars 2010

**Phrase prononcée par Jacques Chirac le 2 septembre 2002 en ouverture du discours lors du IVème sommet de la Terre de Johannesburg

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