On aurait voulu en savoir plus, à la lecture de Libération ce matin, sur Tomohiro Sasaki. Savoir ce qu’il reste de sa vie aujourd’hui et si un jour il retrouvera, pour de bon, confiance en l’avenir. Savoir ce qu’il pense de la récente démission du Premier Ministre Japonais, Naoto Kan, et de la façon dont il a « géré la crise »… On lit les quelques lignes qui lui sont consacrées, on regarde longuement ses photos, le souffle court.

Tomohiro Sasaki, depuis 20 ans, était le photographe officiel de la ville de Minami Sanriku, située sur la côte Nord-est du Japon. Dans la région la plus touchée par le séisme et le tsunami du 11 mars dernier. A Minami Sanriku, il y avait 17 000 habitants. En quelques minutes, une vague de 23 mètres de haut a englouti plus de la moitié d’entre eux. 9 000 personnes tuées. 80% des bâtiments détruits.

Tomohiro Sasaki n’était pas là, il était à Sendaï, à 60km, la grande ville la plus proche de l’épicentre du séisme, elle aussi très touchée. Ses enfants étaient à l’école, par chance située en hauteur. Ils ont survécu. Sa femme était dans son laboratoire, elle a entendu l’alerte au tsunami et n’a eu que quelques secondes pour s’enfuir, avec sous le bras le disque dur contenant les dizaines de milliers de clichés pris par Tomohiro Sasaki. Libération a demandé au photographe de comparer quelques uns des clichés pris avant le cataclysme à de nouvelles photos des mêmes lieux prises après.

L’exercice est toujours terrifiant, il devient poignant quand sont, par exemple, juxtaposées les photos d’un grand marché couvert où se pressaient des centaines de personnes avant, dont ne subsiste qu’une dalle nue après. De l’effervescence au silence absolu, en un clin d’œil. Tout au fond d’une autre photo apparaît une chaîne de montagnes, invisible sur le cliché du même endroit datant d’avant la vague : elle était masquée par des maisons et des immeubles dont il ne reste plus rien, ou presque. Seule une carcasse vide de bâtiment, sur des centaines, se dresse encore, en grande partie détruite et désormais ouverte à tous les vents. Tomohiro Sasaki dit se souvenir de chaque maison, de « la plus petite histoire de sa ville », nous dit l’article. Et on imagine en effet devant la dévastation, qu’à chaque carrefour, arasé, il « voit » encore debout les maisons, les commerces, la poste, la mairie… et les habitants avec.

Tomohiro parcoure les décombres, ramasse de menus objets et surtout des photos trouvées. « Pour moi, pour les survivants », dit-il. Il attend de pouvoir photographier la reconstruction.

« Je ne partirai pas », souffle-t-il. Question de confiance.

© Audrey Pulvar

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