Le dessin de Jonaten du 01-05
Le dessin de Jonaten du 01-05 © Jonaten / Jonaten

N’y voyez aucune revendication religieuse. Si les femmes sont entre-elles dans le métro de Rio de Janeiro, aux heures de pointe, c’est simplement pour avoir la paix. Saisissant article, à lire dans les pages Grand Angle de Libération ce matin. Où l’on apprend que par la loi, depuis 2006, la compagnie gérant les deux lignes de métro de Rio et ses 35 stations réserve chaque jour, de 6h à 9h et de 17h à 20h, un wagon par rame, aux femmes. Pour éviter à celles-ci les désagréments des mains baladeuses et autres manifestations de harcèlement sexuel assidument pratiqué par les hommes. Premier étonnement : quoi, seulement deux lignes de métro et trente-cinq stations à Rio de Janeiro ? Une ville de plus de 6 millions d’habitants ? On s’égare… sans mauvais jeu de mots. Deuxième étonnement : et pourquoi ne pas plutôt inscrire dans la loi l’interdiction lourdement sanctionnée des mains baladeuses ?

Sans illusions, apparemment, sur la capacité de leurs compatriotes masculins à se comporter civilement, ou aux forces de l’ordre à faire respecter leur intégrité, les cariocas se sont battues, nous dit cet article, pour obtenir des wagons non mixtes.

« C’est très désagréable de côtoyer des hommes et de se méfier de leurs mains baladeuses. Ce n’est pas rassurant, on ne sait jamais comment réagir ». Leur faire une remarque peut-être dangereux, alors « on souvent, on se tait, et on reste le cœur battant en attendant de descendre ». Pas du tout marginal, à en croire les témoignages recueillis, les incidents seraient quotidiens. Prendre le bus ? Encore pire ! Il faut sans cesse faire attention, « avoir des yeux partout ». Et peu importe le gabarit. Ainsi de cette Michelle, 1m80, imposante, piercée, tatouée, agente de sécurité et chef d’équipe… Bien que dominant de la tête et les épaules l’assistance, Michelle déclare : « Ici, les hommes ne craignent personne. Et c’est mentalement fatiguant de repousser leurs avances toute la journée »… Pas une, qui ne déplore le caractère lourd, insistant, oppressant de « la drague », dans la rue, au bureau, dans le métro, donc. Ou plutôt oui, une aide-soignante affirmant qu’elle n’a jamais eu de problème dans le métro. Tout en reconnaissant qu’elle se met systématiquement « dans un coin », « dos à la paroi ». Et voilà ce qui frappe le plus dans ce reportage. Le sentiment, de témoignages en témoignages, y compris d’hommes, que quelque chose cloche dans les rapports homme-femme dans cette ville lumière, synonyme pour beaucoup d’occidentaux de fête et de joie, capitale de cœur d’un pays immense, forcément contrasté, en plein essor dirigé par… une femme.

© Audrey Pulvar

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