Le dessin de Jonaten du 30-01
Le dessin de Jonaten du 30-01 © Jonaten / Jonaten

En région, vous trouverez encore ce matin des exemplaires du quotidien Le Monde daté de dimanche 29-lundi 30 janvier. Plongez-vous donc dans cette incroyable enquête sur le chinchard. Quézako le chinchard ? Dans plusieurs pays du monde, notamment sur le continent Africain, on sait exactement à quoi ressemblant ce poisson gras, gros pourvoyeur de protéines. C’est un élément de base de l’alimentation. Vous-mêmes en mangez sans le savoir, chaîne alimentaire oblige, puisque le chinchard est l’un des poissons sauvages avec lequel on nourrit des poissons d’élevage, il est très utilisé par exemple, dans les fermes aquacoles de saumon. Il sert aussi à nourrir les élevages de porcs. Pourquoi vous parler de chinchard ce matin ? Parce que son extinction sera le sujet d’une rencontre internationale, aujourd’hui, à Santiago du Chili. Une surpêche phénoménale pendant des décennies, en particulier dans le Pacifique Sud, un écoeurant gaspillage et une bagarre mondiale pour mettre la main sur un marché rapportant des dizaines de milliards de dollars chaque année : les stocks de chinchard ont été divisés par dix en moins de vingt ans. Pas simplement une espèce de moins. Le chinchard est un maillon très important de la chaîne alimentaire, et qu’avec la disparition de ce poisson, petit par la taille mais très grand voyageur, c’est tout un équilibre sous-marin qui est remis en cause. Du chinchard dépend la survie de nombreuses autres espèces de poissons plus gros, eux-mêmes ayant leurs prédateurs. La lecture de cette enquête menée simultanément dans huit pays interroge, une nouvelle fois, sur les conséquences à long terme, pour l’équilibre général de la planète d’un commerce mondial affranchi de toutes règles et de toutes mesures. Des monstres des mers, mesurant presque 230 m de long pour 30 de large et pouvant « traiter » près de 550 000 tonnes de poisson par an, comme le Lafayette, créé pour 100 millions d’euros par le champion de la pêche en haute mer, le chinois PAcAndes, des subventions, argent public, donc, par dizaines de milliards de dollars, y compris pour des flottes européennes, des pavillons de complaisance permettant de contourner les faibles mesures restrictives imposées par certains pays, une ultra-concentration de la filière et une zone de non-droit, où tout le monde a pu faire ce qu’il voulait pendant des décennies, le long de 6 000 km de côte, dans le Pacifique Sud, au large du Pérou et du Chili : résultat, le chinchard est sur le point de se transformer en souvenir, en dépit des nombreux signaux d’alarmes tirés par les spécialistes et les associations écologistes. En 2009, nous dit l’article du Monde , les navires battant pavillon de l’Union Européenne ont pêché 111 000 tonnes de chinchard dans le Pacifique Sud, en 2011 à peine… 2 300 tonnes. Aujourd’hui, des voix autorisées s’élèvent pour réclamer un arrêt total de cette pêche pendant au moins 5 ans. Peu probable, au regard des intérêts économiques en jeu. Si un quota mondial de 500 000 tonnes était décidé ce serait déjà une immense victoire.

Pas flowers power, ni complètement rêveuse, il est des matins pourtant où, comme Alain Souchon, on a envie de demander pardon aux chinchards et aux mésanges aux petites pattes…

© Audrey Pulvar

Extrait de « Pardon » d’Alain Souchon

Album : « Est chanteur »

2010, Virgin

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