Le dessin de Jonaten du 30-11
Le dessin de Jonaten du 30-11 © Jonaten / Jonaten

L’info n’est pas encore confirmée, elle pourrait même être infirmée dans les semaines qui viennent, mais elle est dans toute la presse ce matin : fais tourner le moteur, y’a Zuckerberg qui prépare le casse du siècle ! L’introduction de Facebook en bourse. Le livre à visage humain, ses -seulement- trois mille employés, son milliard et demi de chiffre d’affaires qui promet d’être multiplié par quatre et demi d’ici deux petites années, ses huit cents millions « d’amis » et sa « valorisation » record attendue en cas d’entrée parmi les sociétés cotées : cent milliards de dollars. C’est vingt mille fois plus qu’au moment de la création de cette société, il y a seulement sept ans. Et dix milliards de dollars seront probablement « levés » lors de l’opération. Seules treize sociétés dans le monde, nous rappelle La Tribune , ont réussi à récolter plus de dix milliards lors de leur entrée en bourse, parmi lesquelles le groupe bancaire VISA, la firme Général Motors ou encore AT&T.

« Je vais vous raconter une p’tite histoire très belle »*

Et oui, vous faites partie des huit cents millions d’amis et vous avez réellement cru que Facebook était une affaire de potes, un truc peace and love qui abolit les frontières et fait de nous des citoyens du monde ? Ah, vous n’avez pas vu se refermer autour de vous les portes du plus grand hypermarché mondial, le plus convivial aussi ? Bienvenue dans le monde enchanté de la consommation sans douleur et sans conscience. Celui où chaque individu n’est qu’une série de données et paramètres. Ce qu’il aime écouter, lire, voir. Ce qu’aiment ses amis et les amis de ses amis. Leurs sujets de conversation favoris, leurs marques préférées, leur barre chocolatée de prédilection, la cause qui les faits s’indigner… Tout est enregistré, tout est interconnecté. Cela s’appelle le « social graph », une cartographie de vos pérégrinations dans le monde merveilleux des goûts partagés. Une carte de l’intime, dessinée à votre insu, couplée à un coup de génie de Facebook : les partenariats. Vous êtes bien dans un grand magasin : une passerelle, un clic, et hop, vous passez de votre bête mur de commentaires à des rayonnages entiers de musiques payantes, de vidéos partagées, de jeux en ligne. Le tout, bien sûr, inondé de bandeaux publicitaires et autres pop-up envahissants. Avec Facebook, la toile n’aura jamais si bien porté son nom. Ca va, vous, enroulé dans le fil ? Laissez vous porter, bercer, emberlificoter. L’araignée veille. Pour mieux vous habiller de sa résille, elle a même créé une monnaie virtuelle, permettant d’acheter des biens virtuels, sur des pages de jeux réellement payantes. Eh oui, il y a aussi un étage casino, dans cet hypermarché ! Et tout le monde il est beau, gentil et content. Consommateurs passifs comme vendeurs de possibles. Ce qui est bien, avec Facebook, c’est que sa création de valeurs, exponentielle, génère du profit pour tout le monde autour, à commencer par ses partenaires. Les libéraux en ont de tout temps rêvé, Marck Zuckerberg l’a fait. On appelle cela le ruissellement.

© Audrey Pulvar

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Extrait musical diffusé :

« Imagine » de John Lennon

*Extrait des Guignols de l'Info__

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