Encore un drôle de télescopage ce matin dans la presse, et pas la plus taquine avec le pouvoir puisqu’il s’agit du Figaro . En Une du quotidien, grande photo d’un Nicolas Sarkozy visiblement las, l’air absent, le sourire de façade, à côté de Mohammed VI. Le Président est au Maroc, nous dit le journal, pour lancer le premier TGV en Afrique. On voudrait se réjouir de cette grande nouvelle, mais on est frappé par la mine terreuse du chef de l’Etat, son regard vague, sa chevelure soudain beaucoup plus sel que poivre. Sarko aurait-il pris un coup de vieux ? Ou les emmerdes volant en escadrilles qui planent au-dessus de l’Elysée lui auraient-elles ôté le sommeil ? On se trompe peut-être. Il se peut que le photographe ait simplement saisi un court laps de fatigue, un voile de contrariété passant sur le visage présidentiel. On sur-interprète… lubie de journaliste. Sauf que, impossible de ne pas saisir le contraste entre cette photo de Une et les deux grandes photos barrant la page 4 du même Figaro . L’une nous montre un Alain Juppé grave, en pleine réflexion, mais la mine saine et reposée, tandis que l’autre nous montre un Fillon souriant, marchant d’un pas volontaire. Deux titres : Alain Juppé joue la carte de l’expérience. Fillon se veut le plus combatif pour 2012. Pourtant les deux hommes, nous dit le journal, ne veulent pas se poser en recours et visent plutôt 2017, si Nicolas Sarkozy était battu l’an prochain. Quoique… quoi qu’entre les lignes, c’est bien la question de l’opportunité d’une candidature de Nicolas Sarkozy à sa propre succession qui se pose. « Je l’aiderai sans ambiguïté pour la présidentielle de 2012 » a déclaré Alain Juppé hier soir sur France 2 avant d’ajouter « s’il est candidat, oui », puis « il peut y avoir des circonstances qui font que… mais il sera candidat ! ». Méthode Coué ou message à peine voilé ?

François Fillon, lui, multiplie les protestations de fidélité à l’égard du Président, mais nous dit Le Figaro , « la solidité tranquille qu’il affiche depuis 2007 rassure ses troupes et l’électorat de droite ». Dans son entourage, on se laisser bercer par les rumeurs : Sarkozy ne se représentera peut-être pas. Fillon balaie d’un revers de main l’hypothèse, mais confie dans le même temps qu’« avec une telle crise, ça va être difficile de se succéder à nous-mêmes ». Défaite en vue, alors ?

En politique plus qu’ailleurs, on n’est jamais mieux trahi que par les siens. Nicolas Sarkozy en sait quelque chose, qui soutint Edouard Balladur contre Jacques Chirac en 1995. D’ailleurs, ne vient-il pas de recevoir un soufflet de la part d’une partie des grands électeurs censés maintenir le Sénat à droite, mais qui se sont laissés démoraliser par une réforme territoriale menée au pas de charge, un climat de révélations scabreuses et le poison de la dissidence ? Ce basculement, d’après le Président, n’a pas de valeur sismique, rapporte Fillon. Il n’a pas de signification proprement électorale… Méthode Coué, donc.

© Audrey Pulvar

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