Peut-on tout dire ? Non. Libre parole, tendance de plus en plus répandue sur les ondes radios, antenne ouverte aux auditeurs. Ils adorent. Vous adorez.

Mais laisser libre-court aux propos les plus vils ? Non. Responsabilité du citoyen qui s’exprime, responsabilité du journaliste ou du producteur qui lui donne la parole. Non, cher monsieur Eric Mazet, confrère parait-il, vous que je ne connais pas, mais dont j’ai entendu sur internet une émission de radio.

Non, on ne peut pas tout dire ni tout laisser dire au non du politiquement incorrect. « Dominique Strauss-Kahn est-il soutenu par un lobby juif ? », c’est la question que vous avez soumise à vos auditeurs. « Je veux vous entendre , martelez-vous, allez, disons nous les vrais mots aujourd’hui ! Tous les avis sont les bienvenus… », ajoutez-vous. « Je veux vous entendre », répétez-vous. « Y-a-t-il un lobby juif qui protège DSK ? » Quelle gourmandise, quelle volupté dans votre voix, quand vous accolez les deux mots lobby et juif ! Cette expression et tout ce qu’elle recèle de monstrueuses ténèbres, vous vous en repaissez.

Dans votre studio Michel Cardoze, co-animateur, tempête. Lui estime cette question irresponsable, intolérable. Mais vous le contrez et vous argumentez : « quoi, un lobby juif ça n’existe pas ? Ca n’existe pas ? Vous n’avez pas envie de le dire ! » tandis qu’attendent au standard des auditeurs impatients de patauger dans la fange que vous leur avez mitonnée. Oui, oui, estiment-ils, et elles, il y a un lobby juif, qui protège DSK. Ben oui, il est soutenu par les juifs, ils sont très puissants dans le monde. Mais attention hein, dire qu’il y a un lobby juif, cela ne veut pas dire qu’on est antisémite! Ah oui ? Un peu comme cet auditeur qui le matin déplorait sur votre même antenne, à propos de DSK « tout cet étalage de richesses... tous ces juifs qui veulent dominer le monde ». Traité d’antisémite primaire , il rappelle, le lendemain, des sanglots dans la voix, offusqué qu’on puisse penser cela de lui.

Les vrais mots ? Vos amalgames nauséabonds, c’est de l’antisémitisme de la plus belle eau. Frissons, nausée, gorge et cœur noués. Révolte ! Voilà ce que je ressens en les écoutant. Douleur aussi, pour la mémoire ainsi injuriée de toutes celles et ceux qui -hier et aujourd’hui- ont payé de leur vie leur stigmatisation par de tels préjugés.

© Audrey Pulvar

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