Le dessin de Jonaten du 31-01
Le dessin de Jonaten du 31-01 © Jonaten / Jonaten

Qu’est-ce qu’un pays dont la jeunesse n’attend plus rien, n’a plus aucun espoir en l’avenir ? C’est un pays dont les valeurs fondamentales font naufrage, où la notion de solidarité, même au sein des familles, se délite, un pays où des parents, dit la rumeur, abandonnent leurs enfants à l’orphelinat avant de se suicider, un pays où l’on connaît, du jour au lendemain les affres de la faim. Ce pays est un frère, il est à nos portes, ou presque… Il suffit de tendre le bras et un peu les doigts pour toucher le bout de sa main. Ce pays c’est la Grèce, dont les journaux nous ont encore beaucoup parlé, hier et aujourd’hui.

Ce pourrait être le Portugal, où l’on a faim, aussi, on en a déjà parlé plusieurs fois dans cette émission. La Grèce donc, où dans la cour de la mairie d’Athènes, sur la place Aristote à Thessalonique et d’autres lieux symboliques du pays, des milliers de personnes se pressent chaque midi et chaque soir, pour un repas chaud : une purée de patate et un coca light, nous disait Libération hier, un plat cuisiné par les bénévoles d’une paroisse nous raconte Le Figaro ce matin. Un taux de chômage avoisinant officiellement les 20% de la population active, des millions de Grecs des classes moyennes tombés dans la pauvreté, 25% de sans domicile fixe supplémentaires en moins de deux ans. Des scènes d’émeutes quand des agriculteurs vont en ville distribuer gratuitement des stocks de patates, ou encore les images stupéfiantes d’un homme s’aspergeant d’essence avant de s’immoler… Paroles saisies au vol.

Andréas, un badaud « on n’avait pas vu ça depuis l’Occupation [Allemande, pendant la seconde guerre mondiale] »

Nikita, président de Médecins du Monde Grèce : « J’ai commencé à m’inquiéter quand j’ai vu en consultation un, puis deux, puis dix enfants qui venaient en consultation le ventre vide, sans avoir pris aucun repas depuis la veille… Le problème de la dette est réel, mais jusqu’où peuvent aller les exigences de Bruxelles, quand des enfants qui ne vivent qu’à trois heures d’avion de Paris ou Berlin ne peuvent ni se soigner ni se nourrir ? ». Bruxelles justement, dont les grands mamamouchis se rencontraient hier. Enième sommet de sortie de crise des dettes souveraines, nouveau traité, nouvelles mesures pour tous et nouvelle pression sur la Grèce. Ils sont quand même infernaux, ces Grecs, à ne pas appliquer les différents plans d’austérité qu’eux-mêmes finissent par voter ! Par exemple la réduction du nombre de fonctionnaires, elle est bien dans la loi, mais toujours pas appliquée. Tout comme la grande braderie du pays, à coup de privatisations massives : toujours pas effective. Peut-être que certaines mesures tout simplement trop dures sont de toute façon inapplicables ? En Grèce, un groupe insaisissable autoproclamé « Robin des Bois » dévalise les rayons alimentaires de supermarchés pour distribuer de la nourriture dans la rue et rebranche l’électricité à ceux qui en sont privés… Alors pas contents les grands mamamouchis. Tapent encore du poing sur la table. L’Allemagne, qui fait toujours dans la dentelle et avait déjà proposé à la Grèce de vendre quelques îles, prône l’envoi en Grèce d’un commissaire chargé de contrôler à lui tout seul le budget du pays. Athènes sous tutelle? L’idée a été rejetée. Pour l’instant. Le Grec de la rue, lui, soliloque…

Fotis : « On nous traite de voleurs, de fainéants. Si on était tous si riches et si voleurs, pourquoi on essaierait tous de quitter le pays ? On ne veut pas de charité et surtout pas de pitié. On s’en sortira mais qu’on arrête de nous taper dessus ! »

Sa femme, Anastasia :

« Les indignés ont laissé la place aux désespérés. Désormais, le pire est à craindre . »

© Audrey Pulvar

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Extrait de « Kozmic blues »

De Janis Joplin

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