Ecrivains bulgares
Ecrivains bulgares © Anduze traveller

Derrière les chiffres qui s’alignent, les centaines de milliards d’euros prêtés ou dus, mais effacés comme s’ils avaient été inscrits à l’encre sympathique, derrière les anglicismes complexes, chers aux détenteurs de la science macro-économique, derrière les cris, les pancartes, les slogans de chaque manifestant, se tiennent debout, parfois chancelants, des femmes et des hommes. Il n’est, pour s’en convaincre, que de se promener sur les blogs et sites de discussions des premiers concernés ou de lire les articles de la presse nationale.

Les Grecs ne sont pas qu’une abstraction, ni une série de poncifs racistes : paresseux, mauvais payeurs, fraudeurs fiscaux, gens du sud… et autres clichés ramenant un peuple à un tout homogène dont au mieux on sourit, qu’au pire, on agonit. Non, les Grecs, ce sont bien des hommes et des femmes de chair et d’os voyant, concrètement, sombrer leur pays. Boutiques vides de clients, quand elles n’ont pas déjà mis la clé sous la porte, restaurants désertés, hôpitaux en déshérence, services publics absents : quels moyens pour l’école, l’université ? Chômage massif, retour des femmes à la maison et pour elles, premières frappées par la crise de l’emploi, la réapparition de la dépendance financière, au sein du couple. Plus de cantine, de crèche ou de garderie. Pour celles qui avaient encore un travail, concilier vie professionnelle et vie de mère de famille devient vite un casse-tête. En Italie, des femmes font part de leur désarroi devant les conséquences de la crise économique et des restrictions des dépenses publiques sur leur vie d’adulte libre et autonome. On parle même de l’apparition de la faim, pour les Grecs les plus démunis. Ce matin, c’est dans Le Figaro que vous pourrez lire un reportage sur ceux qui, par milliers, passent chaque jour la frontière avec la Bulgarie. Pour y chercher quoi ? Du travail, ou tout simplement des produits de première nécessité qu’ils ne peuvent plus se payer en Grèce. Des légumes, des vêtements, des chaussures, de l’essence. Une commerçante s’en félicite, notant que les dépenses des Grecs dans sa boutique de vêtements représentent 80% de son chiffre d’affaires. Les Bulgares, nous dit le journaliste du Figaro , regardent d’un œil condescendant ces voisins hier opulents, aujourd’hui indigents. Le ministre bulgare des Finances s’enorgueillit et fait la leçon à son homologue grec. Un retraité grec installé dans la ville de Petrich, la plus proche de la frontière bulgaro-grecque, indique « chez moi, je n’aurais pas pu survivre avec ma retraite de 700 euros. Ici je vis comme un coq en pâte ». Comme en écho, un Bulgare jetant un regard désabusé sur sa ville pavoisée d’enseignes en grec et les terrasses de café où l’on ne parle presque que le grec, rappelle qu’en effet, un retraité bulgare ne vit qu’avec une centaine d’euros par mois. « Même dans la crise », conclue-t-il « les Grecs vivent mieux que nous »... Salauds de pauvres encore trop riches !

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Ecrivains bulgares © Anduze traveller

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