Par Hélène Roussel

Louis Aragon à Lyon le 19 juin 1981 pour la présentation de "La messe d'Elsa"
Louis Aragon à Lyon le 19 juin 1981 pour la présentation de "La messe d'Elsa" © cc / Bernardo Le Challoux

« Aragon est mort » : trois mots à la Une de L'Humanité , un matin de Noël. Trois jours plus tard : la foule et les roses, à Paris, devant le siège du Parti Communiste bien sûr. Présent à l'hommage : le Premier ministre de l'époque, Pierre Mauroy : « il nous restera de lui », dit l'homme politique, « le pouvoir infini des mots ».

C'était il y a trente ans. 24 décembre 1982, Louis Aragon s'en va.

« La mer », écrit Prévert, « efface sur le sable les pas des amants désunis ». Pourtant, c'est bien à Saint-Arnoult, dans les Yvelines, que le poète est inhumé, là où repose déjà Elsa Triolet. « Quand côte à côte, nous serons enfin gisants… »

Trente 30 ans après sa mort, on ne parle pas ce matin des polémiques récentes sur sa biographie, ni de son engagement jusqu'au bout et coûte que coûte, au PC ; seulement du surréaliste, de l'écrivain, du combattant… Soldat dans les tranchées, résistant sous l'Occupation, et le plus grand poète français selon Jean d'Ormesson dans un autre journal, Le Figaro . Car oui, il était tout ça Aragon. Un homme multiple à la crinière blanche.

Trente ans plus tard, ses vers résonnent.

Que l'on lise Le Fou d'Elsa à la lumière des printemps arabes, nous dit le chercheur Nicolas Mouton, dans L'Humanité . Le journal, on ne sera pas étonné, consacre ce matin deux pages et sa Une à « l'inventeur des mondes », comme il l'appelle.

Mais on relira Aragon, chacun avec son souvenir, son avenir, son histoire aussi. « Je ne peux plus vous faire d'autres cadeaux que ceux de cette lumière sombre, hommes de demain, soufflez sur les charbons... à vous de dire ce que je vois ». (Extrait des Poètes )

« J'appartiens à une génération qui n'a pas connu Aragon de son vivant », raconte encore Nicolas Mouton. « Pourtant j'ai gardé le souvenir précis de ce jour sur France Inter, au long de cette veille de Noël, les chansons de Léo Ferré, Jean Ferrat ou Georges Brassens ».

Et si l’on faisait un bon en arrière ?

Et si nous étions le 24 décembre 1982 ?

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