Une affaire de viols collectifs réglée sur Internet. Les deux auteurs présumés sont les joueurs vedettes de l'équipe de foot. Ils se pensaient sans doute intouchables ; c'était sans compter sur la toile et son réseau.

Ca se passe aux Etats-Unis : le décor sorti tout droit de n'importe quelle série américaine. Steubenville : imaginez... Petite bourgade de l'Ohio,19.000 habitants, cité minière aujourd'hui sinistrée qui s'accroche comme à une relique à ses "Big Red", l'équipe de foot du lycée.

La ville est déchirée depuis quelques temps par une guerre civile, une guerre par écrans interposés à base de clics et de « haschtag », le dièse de Twitter.

Pour bien comprendre, on remonte à la mi-août, soirée traditionnelle de beuverie chez les jeunes avant la reprise des cours. Une adolescente de quinze ans totalement saoule va être violée à plusieurs reprises. Elle ne se souvient de rien, mais les jeunes présents à la fête ont posté des photos sur Instagram, des vidéos sur Youtube et même quelques Tweet. Sur une des images par exemple, on la voit évanouie, transportée par deux jeunes hommes : Trent et Maalik, 16 ans, stars des Big Red. Les parents de la victime portent plainte, trop tard pour prélever des traces. Les contenus internet quant à eux ont disparu...

Mais le culte voué aux héros sportifs va plus loin. Quand le New York Times mène l'enquête : personne ne veut témoigner à visage découvert et bientôt certains se mettent même à accuser la jeune fille de l'avoir bien cherché. « Nous n'allons pas laisser des conneries comme ça nous bousiller le championnat », écrit par exemple cet habitant sur Twitter cité par Médiapart.

Récemment, l'histoire a commencé à tourner sur les chaînes de télé aux Etats-Unis, d'autant que les cyber-militants d'Anonymous se sont emparé de l'affaire le 23 décembre.

Dimanche dernier, mission OpRedRoll : piratage en règle du site officiel de l'équipe. Un masque, une voix, et un ultimatum.

« Anonymous détient des preuves contre les auteurs de ce viol, et leur laisse une chance de se dénoncer. S'ils ne l'ont pas fait d'ici le 1 er janvier 2013, alors Anonymous publiera des informations personnelles sur eux, y compris leurs noms, les messages envoyés et liés au viol mais aussi bien d'autres choses. »

Des menaces qui, pour l'instant, n'ont pas changé grand-chose, sauf que les commentateurs se déchaînent sur le blog d'une ancienne habitante. Un blog sur lequel elle dénonce ouvertement la complicité des notables et des élus de la ville qui chercheraient, dit-elle, à étouffer l'affaire. Objet d'une plainte en diffamation, elle invoque la liberté d'expression.

Au-delà de cette sordide histoire de viol, la question bien sûr est donc plus large : Internet peut-il servir d'arme à tous ceux qui se pensent justiciers ? Le débat est ouvert

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