Edition spéciale lendemain du premier tour des élections législatives

Invité :Stéphane Rozès, président du CAP, Conseils Analyses et Perspectives, enseignant à Sciences Po et HEC

A la Une des quotidiens nationaux ce matin

Par Eric Delvaux

Le Figaro : L'UMP appelle à la mobilisation pour le second tour

Libération : une photo de François Hollande sortant de l'isoloir hier : "La gauche est plus forte"

La Croix : "Avantage à la gauche"

Le Parisien/Aujourd'hui en France : "Net avantage à gauche"

L'Humanité : "La gauche vire en tête"

Les Echos : Le plan européeen pour sauver les banques espagnoles

Quels enseignements tirer du premier tour des élections législatives ?

La chronique politique de Piotr Smolar , du quotidien Le Monde

Personne n'a de raison de pavoiser. Après une campagne insipide, la participation a été très faible. Le PS fait un bon score mais ses alliés verts déçoivent ; l'UMP se maintient à flot ; le FN confirme son ancrage local. Marine Le Pen obtient un résultat spectaculaire, mais il y aura moins de triangulaires que son parti ne l'espérait. Hier pourtant, ce n'étaient pas forcément les chiffres qu'il fallait retenir, mais les mots, ceux des dirigeants de l'UMP à propos de leur ligne vis-à-vis du FN, au second tour. Une digue chiraquienne a cédé. On a eu le droit aux mots fuyants : « on verra lundi en conseil politique ». On a eu le droit aussi, par la bouche de Jean-François Copé et d'autres, aux mots relativistes. Pourquoi nous parler du FN, disaient-ils, alors que le PS a le Front de gauche comme allié ? Claude Guéant a même brandi le « ni-ni », le refus de choisir entre un candidat socialiste et le FN au second tour. Et puis, à l'avant-garde, il y avait les mots décomplexés de Nadine Morano. « Je voudrais appeler les électeurs du Front national qui partagent nos valeurs», a-t-elle lancé au micro. Ah, les valeurs, que de dérives en votre nom !

- Quelles sont ces dérives ? Nicolas Sarkozy n'est plus dans le paysage, mais son empreinte demeure : idéologiquement, la droite s'est déportée de façon historique. Bien-sûr, il ne faut pas s'y tromper. L'UMP n'œuvre pas aujourd'hui à une vaste alliance avec le FN pour diriger un jour le pays ensemble. Les dirigeants de l'UMP ne sont pas idiots. Ils savent que Marine Le Pen veut recomposer le paysage politique en misant sur l'implosion de la droite traditionnelle.

En fait, le parti qui se dit toujours gaulliste veut épouser les angoisses et les colères qui traversent la société française : sur l'immigration, sur la délinquance, sur la mondialisation. Il donne le sentiment d'une fuite en avant, d'un épuisement idéologique après dix ans au pouvoir. Ca ne veut pas dire, évidemment, que les électeurs du Front sont des pestiférés, des sous-citoyens qu'il faudrait mépriser. Parmi eux, dans les zones rurales, beaucoup ont simplement l'impression que leur monde s'effondre, que les services publics disparaissent, que l'église n'est plus au milieu du village. Mais le calcul de l'UMP, qui a pour objectif immédiat de sauver le maximum de sièges à l'Assemblée, n'a aucun sens à long terme. Le FN est faible dans les grandes villes, mais de plus en plus fort partout ailleurs. Ce n'est pas en flirtant avec son programme qu'on aspirera ses électeurs. Pendant des années, le PS a été en déliquescence intellectuelle. La traversée du désert commence pour l'UMP. Plus la guerre des chefs, armés de leurs « valeurs ».

l'abstention sera un indicateur-clef des éléctions législatives
l'abstention sera un indicateur-clef des éléctions législatives © reuters
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