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  • L'édito politique

2011, l'année du Net - par Piotr Smolar , journaliste au quotidien Le Monde

__ 2011 restera l’année où Internet est devenu un contre-pouvoir capable de faire vaciller ou tomber des régimes.

Evidemment, Internet et la politique, ce n’est pas un couple nouveau. Tout a commencé aux Etats-Unis en 2004, avec la candidature de Howard Dean aux primaires du Parti démocrate. Pour la première fois, un homme politique s’est appuyé sur une légion de militants armés de leur clavier. Au final, Howard Dean avait perdu, mais il avait changé la façon de faire campagne.

Depuis, les responsables politiques ont compris qu’une partie de leur popularité se joue sur la Toile. On peut s’y ridiculiser en 30 secondes, ou bien au contraire bénéficier d’un effet viral.

Un exemple : le discours sur les races qu’a prononcé Barack Obama à Philadelphie, en mars 2008. Ce moment sublime d’éloquence a été vu des millions de fois sur Youtube et les autres plateformes.

- Mais alors, qu’est ce qu’il y a eu de si particulier en 2011 sur Internet ? La nouveauté, c’est d’abord le site Wikileaks et le scandale des télégrammes diplomatiques américains, révélés par cartons entiers. Tout d’un coup, la première puissance du monde est apparue vulnérable en raison de la numérisation de ses secrets.

Mais on retiendra surtout, en 2011, le rôle d’Internet dans des pays où les règles démocratiques ne s’appliquent pas ; où la censure et la propagande officielle dominent. On pense évidemment aux révolutions arabes.

On l’a vu en Tunisie, en Egypte et en Libye, aujourd’hui en Syrie : Internet, c’est comme un réseau clandestin qui permet de desserrer l’étreinte de la répression, de soulever le couvercle officiel. Grâce à lui, on peut mobiliser, donner rendez-vous, se compter, dénoncer les mensonges du pouvoir. Avec les téléphones portables, chaque citoyen peut devenir un combattant de l’information.

- __ Justement, c’est ce qu’on a vu depuis une semaine en Russie Je pourrais vous en parler pendant des heures ! On disait les Russes apathiques, soumis, décervelés par la propagande du régime poutinien. Et voilà que des dizaines de milliers d’entre eux sont sortis dans la rue samedi pour dénoncer le trucage invraisemblable des élections législatives. Les fraudes, c’est un grand classique en Russie. Sauf que cette fois, des citoyens ont filmé et diffusé les preuves. L’exaspération s’est propagée dans les villes, via les réseaux sociaux. Contrairement à ce que pensaient les autorités, la liberté de voyager et de consommer n’est pas suffisante pour les jeunes Russes. Ils ont aussi une dignité civique, sans être politisés. La grande question maintenant en Russie est de savoir si le pouvoir va se « pékiniser ».

On connaît l’admiration de certains dirigeants pour le modèle chinois. Là-bas aussi, Internet permet à des citoyens de contourner les médias officiels pour dénoncer les abus des bureaucrates, la corruption ou les scandales de santé publique.

Du coup, en réaction, les autorités se sont mises à fliquer la Toile. Hier encore, le directeur du Bureau d'Etat chargé de l'information et de l'internet, a encouragé les autorités locales à utiliser l'internet pour « guider l'opinion publique et promouvoir les valeurs sociales positive. »

- Tout un programme ! Et pour 2012, à quoi faut-il s’attendre? On va observer avec attention notre vieille Europe. Le mouvement des indignés, comme en Grèce ou en Espagne, a montré l’épuisement des partis traditionnels. Ce sont les réseaux sociaux qui font écho à la frustration de la jeunesse, paupérisée et sacrifiée. Vus la récession qui plane sur le continent et le tour de vis terrible dans l’UE, la question du divorce entre le peuple et les dirigeants va se poser comme jamais. Notamment en France.

On sait qu’il y aura les exutoires politiques classiques, comme le vote Marine Le Pen. Mais on ne peut pas exclure un mouvement social inédit, hors de l’emprise des formations politiques classiques et des syndicats. Un mouvement hétéroclite, sans leaders clairement identifiés. Si cela se produisait, Internet deviendrait à la fois le premier parti et le premier média du pays.

Une chronique en partenariat avec Le Monde

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