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L'Europe sans les peuples ? - par Piotr Smolar , journaliste au quotidien Le Monde

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La question du renouvellement de la classe politique agite la gauche__ Pendant que l’Europe politique s’écroule, les socialistes français, eux, ont trouvé un motif pour s’écharper. Ils le doivent à Arnaud Montebourg, qui a proposé de fixer à 67 ans l’âge limite des candidats du PS aux législatives. « Coup médiatique ! » s’est étranglée Martine Aubry. Visé parmi d’autres anciens, Jack Lang, 72 ans, a pris sa plume la plus outragée hier dans leJDD en sa qualité, je n’invente rien, de « dirigeant socialiste le plus populaire auprès des jeunes ». Il a même convoqué à sa rescousse Clémenceau, le général de Gaulle et François Mitterrand, qui n’auraient pu servir la France avec une telle règle des 67 ans. Le problème, c’est qu’il n’a pas complètement tort, Jack Lang. Arnaud Montebourg apporte une mauvaise réponse à une excellente question, l’absence de diversité en politique. Regardez les travées du Parlement : il y a comme un air de mâle blanc soixantenaire dominant, formé dans les grandes écoles. Le nombre de femmes élues est en hausse constante, mais on est encore loin de la parité : 21,8% au Sénat, 18,5% à l’Assemblée. Ne parlons même pas de la diversité sociale et ethnique : les statistiques sont carrément honteuses. Quant à l’âge, parmi les députés élus en 2007, 272 sur 577 avaient plus de 60 ans. Pire : seulement 12 ont moins de 40 ans. Les élus de la Nation sont donc loin de la représenter fidèlement et paraissent en décalage avec sa composition.

-Mais alors pourquoi la proposition d’Arnaud Montebourg serait-elle mauvaise ?__ Parce qu’elle est discriminatoire. Opérer une sélection sur le critère unique de l’âge ne résiste ni au droit, ni à la morale, ni à l’intérêt publique. Qui est le socialiste le plus mordant en matière de transparence de la vie publique ? René Dosière, 70 ans. Qui reste la référence en matière de justice, au-delà même de la gauche ? Robert Badinter, 83 ans. Il existe d’autres mesures possibles pour favoriser la diversité : une dose de proportionnelle aux législatives ; des primaires locales pour désigner les candidats ; mais surtout, on pourrait limiter le nombre de mandats successifs pour les parlementaires ou les maires. En fait, la brutalité d’Arnaud Montebourg répond à la timidité du PS sur cette question. La victoire électorale semble à portée de main, alors l’esprit épicier domine. Les négociations avec les Verts sont très âpres pour le partage des circonscriptions législatives, il va aussi falloir appliquer l’interdiction du cumul des mandats ; donc, sur la diversité, on fera comme d’habitude, pense-t-on au PS, ce parti de barons locaux : on comptera sur les bonnes volontés, sans être coercitif. Le résultat, on le verra en mai prochain.

Une chronique en partenariat avec Le Monde

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Le Carrefour du 6/7 du 27 juin

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