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Story Telling- par Benjamin Sportouch , journaliste à l'hebdomadaire L'Express

C'est une photo de Nicolas Sarkozy parue dans la dernière livraison du Journal du Dimanche , en page 20 précisément. Elle a pu vous échapper, alors je vous la décris.

On y voit le chef de l’Etat sous les dorures de son bureau à l’Elysée. Le Président est debout. Au téléphone. Il a délaissé la cravate pour un costume et un pull. Le tout couleur sombre. Devant lui assis et de dos : le conseiller pour les Affaires internationales Jean-David Levitte et Xavier Musca, le secrétaire général de l’Elysée. La date à laquelle la photo a été prise n’est pas anodine : c’était samedi. En plein milieu du week-end prolongé du 11 novembre pour beaucoup de Français.

- Rien n’est laissé au hasard…

A cinq mois de la présidentielle, la guerre des images a commencé. Car l’objectif, c’est de raconter une histoire. La stratégie désormais connue du story-telling qui nous vient tout droit des Etats-Unis. Elle doit se construire bien en amont du début de la campagne elle-même. Que veut nous dire l’Elysée avec cette photo qui a été prise par Elodie Grégoire, la seule photographe autorisée à entrer vraiment dans l’intimité du Président ?

Que Nicolas Sarkozy est tout entier dédié à sa tâche. Même un jour férié. Sa posture, debout, est celle d’un homme dans l’action.

La légende de la photo précise qu’il est en conversation téléphonique avec la chancelière allemande et le nouveau premier ministre grec. L’actualité de la crise, encore et toujours. Nicolas Sarkozy veut apparaître comme ce capitaine de gros temps qui n’aime rien tant que les situations difficiles. Même s’il est critiqué, « couturé » de toutes parts -ce mot, je l'emprunte à l’un de ses ministres- à cause des obstacles traversés depuis plus de quatre ans. C'est un homme expérimenté qui connaît les grands de ce monde. Voilà l’image qu’il veut se forger face à François Hollande.

- Le candidat socialiste va devoir, lui aussi, raconter une histoire

C’est certain. Et on en a déjà les premiers ingrédients.

« Il était une fois un homme sur lequel personne ne pariait. Un homme qui seul croyait en son destin présidentiel et qui, à force de ténacité, de résistance, a réussi à s’imposer. Seul, mais suivi, peut-être, par tout un peuple ».Voilà pour le pitch, l’ébauche. Là aussi, les images ne sont pas neutres.

Pour le 11 novembre, François Hollande a été immortalisé seul au milieu d’un cimetière de la Marne où 10.000 soldats de la Première guerre mondiale sont inhumés. Seul, et le regard tourné vers l’horizon, vers l’avenir.

Le roman-photo de la présidentielle est lancé. L’épilogue, ce seront les électeurs qui en décideront, le 6 mai.

Une chronique en partenariat avec L'Express

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