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L'Etat dégradé - par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

__ Si je me laissais aller, je vous dirais : le triple A, on s’en moque. Tout le monde avait anticipé cette dégradation. C’est surtout un symbole politique et l’occasion d’une passe d’armes gauche-droite.

Mais derrière les petites phrases, il y a une unanimité silencieuse. Dans les partis appelés à gouverner, tout le monde sait qu’on ne peut plus vivre à crédit. De nouveaux efforts seront nécessaires pour résorber notre dette effroyable de 1700 milliards d’euros. Sur le fond, le véritable débat n’a pas commencé. Les agences de notation ont raison sur un point : sans croissance, avec une Europe en panne et un Etat atrophié, le ciel est noir au-dessus de nos têtes.

La croissance, elle ne dépend pas que du gouvernement. Pitié, arrêtons ce culte de l’Etat jacobin qui devrait sauver toutes les entreprises et porter l’économie à bout de bras. L’Europe non plus n’est pas de notre seul ressort : c’est un drame collectif.

Reste l’Etat. Et là, on est face à une question centrale, qui devrait être au cœur de la campagne présidentielle : à quoi doit servir l’Etat en 2012 ? Quelle organisation, quel coût, quelles priorités ?

- Et la réponse est… ? Commençons d’abord par ce qu’elle n’est pas : l’austérité. Si la politique doit se résumer à des réductions d’effectifs et à des coupes budgétaires, autant renoncer aux élections. Nommons un comptable de Standard&Poors à l’Elysée.

On est à un moment historique : il faut sauver l’Etat providence, bâti après la Seconde guerre mondiale, car il est le noyau de l’Europe moderne.

Allons à l’essentiel. L’Etat a trois missions clés : éduquer, protéger et soigner.Or, ces trois missions sont aujourd’hui en échec. Le système éducatif est en crise, et ce n’est pas seulement une affaire d’effectifs et de moyens. On demande aux enseignants de réparer tous les maux de la société, alors même que leur autorité est contestée comme jamais dans les classes. Deuxième mission : protéger. Cela fait dix ans que la droite assume la politique de sécurité, qu’elle empile les lois répressives, qu’elle soumet les forces de l’ordre à une toxicomanie statistique. Ce système est à bout de souffle. Troisième mission : soigner. Personne n’en parle en ce début de campagne ; c’est pourtant une préoccupation majeure des Français. Notre Sécurité sociale s’appuie sur une idée puissante : tout homme mérite d’être soigné dignement. Or cette idée est menacée. Les soins sont de plus en plus chers, les hôpitaux en province et les cabinets de médecins en banlieues ferment, les services d’urgences dans les grandes villes se dégradent. Pour résumer, notre trésor national, ce n’est pas le triple A : c’est ce contrat social, passé entre les citoyens et l’Etat, aujourd’hui fissuré. Une chronique en partenariat avec Le Monde

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