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Retour sur la mort de Vaclav Havel - par Piotr Smolar , journaliste au quotidien Le Monde

__ L’ampleur des réactions le montre, nous vivons un deuil européen.

Avec Lech Walesa, Havel a incarné la lutte contre les régimes communistes à l’Est. Walesa était un ouvrier syndicaliste aux chantiers navals de Gdansk, Havel un écrivain : aucun n’était destiné à devenir président. C’est pourtant ce qui arriva après la chute du mur de Berlin en 89.

Aujourd’hui, la Pologne et la République tchèque sont devenues deux pays banals dans le meilleur sens du terme, membres de l’UE et de l’OTAN. C’est la victoire d’une génération d’intellectuels courageux, humanistes, qui ont rallié les foules. En République tchèque, ils s’étaient retrouvés au sein d’un mouvement informel de citoyens, la Charte 77.

Havel a toujours méprisé la politique dans son sens boutiquier. Il représentait un mouvement sans idéologie ni programme. Sa boussole, c’était les droits de l’Homme. Un de ses textes les plus célèbres, « Le pouvoir des sans-pouvoir », est même devenu une source d’inspiration dans le monde entier, en matière de résistance civique contre un Etat oppresseur.

- Justement, la mort d’Havel intervient au terme d’une année riche en mouvements révolutionnaires Une des dernières interventions publiques de Havel, il y a dix jours, visait le régime russe, après les manipulations grossières dans les législatives du 4 décembre.

Mais 2011, c’est d’abord les révolutions arabes. On ne peut pas s’empêcher de faire le lien entre les révolutions démocratiques qui ont réunifié l’Europe en 1989, et les évènements de cette année. Ces formidables mouvements populaires en Tunisie ou en Egypte reposent aussi sur une soif de dignité, une exaspération contre la violence d’Etat.

Cela dit, trois différences sautent aux yeux avec les révolutions européennes. A l’Est, il y avait une bataille idéologique à mener contre les mensonges communistes. D’où l’importance des intellectuels. En Tunisie, en Egypte ou en Libye, c’est le culte de la personnalité autour du leader qui a tenu lieu de propagande.

Ensuite, dans ces pays, on n’a pas vu s’imposer de figures sages et humanistes. Pas de Vaclav Havel pour conduire les foules au nord de l’Afrique. Parmi les explications possibles, il y a le rôle clé des réseaux sociaux, qui mobilisent par le bas, sans leaders.

Troisième différence : l’Europe de l’Est rêvait des valeurs démocratiques de l’Occident et de son capitalisme. Or dans les pays arabes, la situation semble bien plus ambiguë. Ce sont les partis islamistes qui emportent la mise. Certains incarneront peut-être une nouvelle voie modérée, respectueuse des droits. Mais d’autres paraissent lourds de promesses archaïques.

Grâce à Vaclav Havel, on sait déjà une chose, je cite : « toutes les révolutions passent à la fin de l’euphorie à la désillusion. »

Une chronique en partenariat avec Le Monde

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