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Il existe aujourd’hui une industrie internationale de la surveillance» : ce sont les mots de Julian Assange le co-fondateur de Wikileaks.

Le 1er décembre dernier, en partenariat avec 6 médias, Wikileaks a entamé la publication d’un peu de moins de 300 documents concernant des brochures de présentation commerciale de 130 entreprises de surveillance, comme Amesys Bull, Qosmos ou Nokia-Siemens.

But de l’opération : montrer que des entreprises occidentales vendent aujourd’hui des systèmes de surveillance de pointe à des dictatures du monde entier. Ce projet s’appelle « Spyfiles ».

Spyfiles signifie fichiers espion. Le projet est en ligne depuis début décembre. Il permet de visualiser sur une carte interactive les entreprises occidentales qui fournissent des services de surveillance dans six grands domaines : la surveillance du Web, les outils de pénétration, ce qu’on appelle les « chevaux de Troie », les écoutes téléphoniques, l’analyse de la voix, les interceptions de SMS et la géo-localisation.

On constate, à la lecture de ces documents, que le marché de la surveillance a explosé en 10 ans. Il est aujourd’hui évalué à 5 milliards de dollars, mais le phénomène nouveau et inquiétant, c’est qu’il répond à des logiques commerciales sans prendre en compte la protection des populations. Un exemple concret : la société française Bull-Amesys a mis au point pour le régime de Kadhafi un système de surveillance sur mesure, qui permet d’enregistrer toutes les communications à l’échelle de la population libyenne. Ce qu’on trouve dans les brochures commerciales de Bull-Amesys, ce sont des adresses mail d’opposants libyens aujourd’hui au pouvoir. Autrement dit, l’entreprise française a donné à Kadhafi la possibilité de traquer ses opposants. Plus grave, selon Jean-Marc Manach, journaliste à Owni.fr et spécialiste des questions de surveillance, le gouvernement français encourage la vente de ce type de technologie.

ITW Jean-Marc Manach : « Le fonds stratégique d’investissement (…) et ça c’est pas normal »

- Comment fonctionnent concrètement ces technologies et comment fait-on pour surveiller l’ensemble des communications d’une population ?

Il y a plusieurs types d’outils qui sont en permanente amélioration. Il y a par exemple des algorithmes de surveillance qui permettent d’interpréter les informations présentes sur les vidéos, ou encore des logiciels qui agrègent des informations, communications téléphoniques, ou encore des SMS. Et puis il y a des leurres qui sont utilisés notamment dans la téléphonie mobile pour installer des logiciels espions. Les précisions de Fabrice Epelboin, consultant et proche du réseau de cyberdissident tunisien sous le régime de Ben Ali.

ITW Fabrice Epelboin : « Par exemple si on regarde un logiciel (…) logiciel espion »

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Le projet Spyfiles est destiné à évoluer. Wikileaks et ses partenaires médias devraient prochainement mettre en ligne de nouveaux documents. Il n’y aura plus seulement des brochures commerciales, mais aussi des contrats et d’autres documents confidentiels. Les investigations sont en cours, notamment en Lybie, où des milliers de dossiers ont été récupérés depuis la chute de Kadhafi.

  • La chronique politique

Les"vrais acteurs" du scrutin présidentiel - par Romain Gubert, journaliste au Point

Je ne vais vous parler ni de François Hollande, ni de Jean-Luc Mélenchon, ni de Nicolas Sarkozy, ni de François Bayrou. Les vrais acteurs du scrutin s’appellent en réalité Alexandre Kockerbeck, Marko Mrsik – «merchnik»- et David Riley. Leurs noms ne vous disent rien... C'est normal. Ils n’ont pas les 500 signatures. Ils ne passeront pas sur l’antenne de France Inter pour défendre leurs programmes. Mais ce sont eux qui vont donner le ton de la campagne. Ce sont ces trois hommes qui parlent de la France aux marchés financiers. Ce sont les analystes spécialisés sur la France de Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch, les trois agences de notation financière, celles qui menacent le fameux triple A du pays.

Dans quelques jours, dans quelques semaines, à tout moment en fait, ce sont ces trois experts qui vont dire si oui ou non, la France a le droit de continuer à emprunter de l’argent dans de bonnes conditions sur les marchés financiers pour financer nos collectivités, nos écoles ou notre sécurité sociale.

Pour financer nos déficits, en réalité. Ce sont eux qui vont « dégrader » - eh, oui, le mot est terrible, presque insultant, mais c’est comme ça que l’on dit chez les financiers…- « dégrader » donc l’Etat français et le ranger ou non dans la catégorie des mauvais payeurs.

Qui sont ces trois personnages ?

Le premier, Kockerbeck, n'a pas franchement l’air d’un petit rigolo. Vous pourrez retrouver sa photo sur Internet, sur le site de Moody’s. Il vit à Francfort et connaît bien la France pour avoir fait ses études à l’université de Reims. C’est lui qui a signé une note d'une vingtaine de pages dans laquelle il annonce que, d'ici à février -c’est demain-, il rendra son verdict. En ce moment, il passe donc en revue la croissance de l’hexagone, ses finances publiques, son taux de chômage.

Chez Fitch, David Riley a pour patron un Français, Marc Ladreit de la Charrière.

Quant à Marko Mrsnik chez Standard & Poor's, c’est un Slovène de 35 ans passionné de grosses voitures allemandes, apprend-t-on sur le Net. Il parle cinq langues - le slovène et le serbo-croate, l'espagnol, l'anglais. Mais aussi le français…Heureusement car une partie de son boulot consiste justement à écouter nos débats politiques. Il doit suivre à la lettre les propos de nos acteurs politiques nationaux, surveiller ceux qui font des sorties de route, décortiquer leurs propositions et surtout leur coût. Samedi soir, Mrsnik écoutera ainsi les vœux de Nicolas Sarkozy aux Français. Un adjectif de trop, et ce sera un mauvais point.

- Et donc selon vous, ce sont eux qui vont faire l’élection ?

C’est une première dans cette élection : les candidats, en tout cas les deux principaux, Hollande et Sarkozy, ne monteront pas seulement sur les estrades pour parler aux Français. Ils parleront aussi à nos trois experts.

Et pour cause : la perte du triple A (la note de la France depuis 1979) se traduirait par une facture immédiate de 5 à 15 milliards d’euros supplémentaires, chaque année, pour les finances publiques qui n’ont pas besoin de ça.

Une chronique réalisée en partenariat avec Le Point

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