Clinton ou Trump ? Les Américains trancheront le 8 novembre. En attendant, chaque semaine, France Inter décortique un chiffre pour mieux comprendre l'Amérique d'aujourd'hui.

Un médecin dans une clinique du Texas, à Laredo
Un médecin dans une clinique du Texas, à Laredo © Reuters / Marco Revuelta

100 euros : c'est en moyenne ce qu'il faut débourser pour une consultation chez un généraliste aux États-Unis. Autant dire qu'une fois que vous aurez ajouté les médicaments, dont le prix est en moyenne trois ou quatre fois plus élevé qu'en France, ça peut faire cher la bronchite... Un rendez-vous chez un dermato ou autre, c'est autour de 200 euros, et un gros pépin de santé, si vous n'êtes pas couvert (et c'est fréquent aux États-Unis) peut donc vous mener à la rue...

Devenir médecin coûte cher

Pourquoi c'est aussi cher ? D'abord parce que quand vous êtes médecin et que vous avez du dépenser plus d'une centaine de milliers d’euros pour faire vos études, vous êtes endetté et il faut rembourser. Et comme aux États-Unis, les tarifs médicaux ne sont pas régulés, c'est l'explosion du prix des consultation, du matériel, des médicaments... En plus, le tarif des assurances privées est très fragmenté : les frais administratifs sont très importants, plus que dans les systèmes à payeur unique. Et beaucoup d'assurances n'atteignent pas la masse critique pour offrir des tarifs et des polices d'assurances abordables.

Se faire soigner coûte cher lorsqu'on est américain
Se faire soigner coûte cher lorsqu'on est américain © Reuters / Marco Revuelta

L'un des systèmes les plus inégalitaires au monde

En gros, si vous êtes salarié, vous pouvez prendre l'assurance que vous propose votre employeur. C'est lui qui souscrit et vous contribuez à hauteur de 20 ou 30 %. C'est ce que font environ 60 % des Américains. Il y a aussi des programmes publics, mais ils s'adressent à des catégories bien spécifiques : les plus de 65 ans ont droit à Medicare, un programme federal avec des remboursements à peu près corrects pour les soignants. Quant aux plus pauvres qui eux, ils ont droit à Medicaid, dont les remboursements sont tellement peu intéressants que les médecins, souvent, préfèrent ne pas y participer.

Enfin, si vous n'entrez pas dans ces deux catégories ( pas assez vieux, pas assez pauvre) et que vous n'avez pas de travail, vous vous débrouillez tout seul. Vous devez vous retourner vers une assurance privée, et ce n'est pas gagné. Outre le fait que ces assurances sont hors de prix, pour peu que vous ayez été malade enfant, ou que vous ayez un petit problème de santé, vous pouvez toujours courir pour vous assurer tellement les primes sont exorbitantes.

La réforme Obama s'adressait justement à ceux qui ne bénéficient pas d'une assurance via leur employeur, ou qui n'ont pas droit au programme public pour les seniors ou les plus pauvres. Grosso modo, ce sont 20 millions de personnes supplémentaires qui aujourd'hui ont accès à une couverture santé.

Un combat de longue haleine

Barack Obama s'est battu pour faire passer sa réforme, pas totalement satisfaisante d'ailleurs. Une véritable guerre contre le Congrès, majoritairement conservateur. Mais il faut bien comprendre qu'aux États-Unis, les gens ont un rapport très différent à l'accès aux soins. On n'envisage pas de payer pour la santé de son voisin, c'est une responsabilité individuelle.

C'est ce qu'explique Anne-Laure Beaussieu, chercheur au King's college de Londres, qui a écrit un livre sur le sujet.

"Déjà dans les années 40 il y avait la rhétorique sur les risques d’un système de santé public. C’est vu comme déresponsabilisant, mais aussi comme un danger : vous n’allez plus choisir votre médecin traitant, vous n’allez plus avoir cette relation privilégiée que seul le privé peut offrir. Il y a l’idée que l'État n’a pas à faire les choix de santé qui n’appartiennent qu’à vous et à votre médecin."

La santé est un énorme secteur aux États-Unis, 16% du PIB. Si Donald Trump passe, il a l'intention de revenir sur la réforme Obama. Hillary Clinton, elle, voudrait au contraire améliorer ce qui pêche encore. On est très loin de toutes façon d'une couverture santé universelle : on se soigne comme on peut, en écoutant les White Stripes par exemple, qui chantent "Girl, you have no faith in medecine" (tu ne crois pas à la médecine).

► ALLER PLUS LOIN | Michael Moore a consacré un film, "Sicko" au système de santé américain

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