Depuis qu'il s’intéresse au numérique, Xavier de la Porte se pose la question : Internet est-il de droite ou de gauche ?

Je sais que c’est une question un peu absurde, un peu comme se demander si le foot est de droite ou de gauche, ou quelle est la surface de Dieu, comme voulaient faire les pataphysiciens

En même temps, c’est une question qui fait écho à une impression qu’on est nombreux à ressentir. L’impression que progressivement, les utopies dont était porteur l’Internet - la participation, l’horizontalité, l’émergence des voix minoritaires - s’étaient dissipées et que les voix qu’on y entendait le plus étaient celles des marchands, des réactionnaires, des complotistes etc.  

Mais bon, ce n’est pas si clair non plus parce que plein de mouvements émancipateurs doivent beaucoup aux réseaux, encore aujourd’hui : qu’on pense par exemple à Metoo ou  BlackLivesMatter.

Bref, j’en étais là de mes réflexions - c’est-à-dire pas très loin - quand à l’orée de cette nouvelle campagne présidentielle, je me suis dit qu’il fallait peut-être essayer de donner un peu de corps à ce pressentiment que pendant les mois qui viennent, l’Internet français allait me déprimer. 

Je cherchais comment prendre le problème quand je me suis souvenu d’un livre dont on m’avait parlé. Un livre qui s’intitule “The Revolution That Wasn’t” (“La Révolution qui n’a pas eu lieu”), écrit par une chercheuse américaine du nom de Jen Schradie, dont on m’avait dit le plus grand bien.

En effet, après lecture, le travail de Jen Schradie est édifiant. Pendant 4 ans, elle a suivi au quotidien le travail d’une quarantaine de groupes politiques en Caroline du Nord, des groupes de droite, d’extrême-gauche, de gauche, noirs, ouvriers etc. pour voir comment ils utilisaient Internet : quels messages ils y diffusaient, à quel rythme, selon quelle organisation, avec quelle efficacité etc. Et elle arrive à une conclusion implacable : politiquement, les idées de droite dominent Internet.

Bien sûr, il faudrait prendre mille précautions sur ce terme de “droite”. D’ailleurs, Jen parle plutôt d’idées “conservatrices”. On pourrait passer des heures à essayer de délimiter le contour politique de ce terme - à essayer de voir ce qu’il signifierait dans un contexte français -, mais je ne pense pas que ce soit ça le plus intéressant. 

Le plus intéressant, ce sont les preuves qu’apporte Jen Schradie, les faits qu’elle observés et les conclusions qu’elle en tire. 

Comme Jen vit et enseigne en France, je lui ai demandé si elle pouvait passer un jour à la Maison de la Radio, et on a pu discuter.....

L'équipe

Réalisation : Fanny Bohuon