Etoiles et notes sont apparues un jour sur Internet pour classer des produits. Aujourd'hui c'est nous qui sommes classés : bons payeurs, bons citoyens. Ce que ça raconte de notre monde.

Comme beaucoup de gens qui ont regardé la saison 3 de Black Mirror, j’ai été horrifié par le premier épisode, “Chute libre”. Il raconte un monde où les gens se notent les uns les autres, constamment. D’un petit mouvement du pouce sur leur téléphone, ils passent leur temps à se mettre des étoiles les uns aux autres : au serveur du café, à une connaissance croisée dans la rue, à une amie qui a publié une photo en ligne…. Ces étoiles établissent une note moyenne, qui détermine ce à quoi chacun a accès : un appartement dans les beaux quartiers, une voiture de location catégorie A, ou même, certaines amitiés…. 

Si cet épisode est effrayant, c’est surtout parce qu’il nous fait compatir avec cette jeune fille alors qu’elle est la représentante la plus aliénée d’un système affreux. Dans ce monde, c’est la note qui détermine en temps réel  la classe sociale, avec d’autant plus d’implacabilité que la note se veut transparente (chacun peut voir la note de tout le monde), objective (c’est un outil mathématique simple) et démocratique (puisque tout le monde est en droit de noter tout le monde). Et cela crée une société à la fois sans conflit apparent presque éteinte (puisque l’angoisse de chacun est la mauvaise note) mais extrêmement discriminant… 

Quand l’épisode se termine, on se dit qu’heureusement, le monde décrit dans “Black Mirror” n’est pas notre monde. Enfin… pas complètement… Enfin… il lui ressemble quand même un peu…. Parce qu’après tout, 

Quand on nous demande de mettre une note à un chauffeur Uber ou à un livreur Darty, ce n’est pas très différent… 

Et puis quand je cherche un médecin sur Google, et qu’il est noté, ça n’est pas très différent non plus…. 

La première fois que j’ai vu cet épisode de Black Mirror, je me suis dit qu’un jour, ce serait pas mal de réfléchir à la part que les notes et les étoiles ont pris dans nos vies. Alors forcément, quand j’ai vu que deux journalistes de Libération, Vincent Coquaz et Ismaël Halissat, venaient de publier une enquête sur  la notation - La nouvelles guerre des étoiles - je me suis dit que ce jour était venu. A peine Vincent Coquaz s’est assis devant le micro que Fanny Bohuon, qui était en cabine, s’est écriée derrière la vitre "J'ai une note pourrie sur Uber...." La discussion était partie.

L'invité

Vincent Coquaz, journaliste à Libération, auteur avec Ismaël Halissat de La nouvelle guerre des étoiles, aux éditions Kero

L'équipe

  • Réalisation : Hélène Bizieau
  • Mixage : Florent Bujon
  • Musique : "Flip" par Yakie 

Pour écouter tous les épisodes de cette série, mettez ce podcast en favori sur l’application Radio France, disponible sur iOS et Android, ou via le fil RSS