Coup de projecteur sur Émilie Brout et Maxime Marion, Duo d'artistes, vivent et travaillent à Paris.

Je lance une vidéo, c'est la terre vue du ciel, mais on se déplace, le sol se rapproche. L'image est très, très pixéllisée. Le logo de Google est en bas à droite. On est dans Google Earth. On frôle la surface du globe. Puis c'est la mer. On rase presque l'écume. Au loin, le rivage, une bande blanche qui figure la plage en arrière fond. 

On distingue une chaîne de montagnes. On continue d'avancer vers la côte, puis le son se déclenche. 

Les plans de Google Earth se succèdent le ciel, la mer, la côte. On survole la mer, on voit la côte. Mais qu'est ce que je suis en train de regarder? Et puis je comprends. C'est évident. C'est la scène du film de Coppola, reproduite plan par plan, mais dans Google Hearth, donc sans hélicoptère, sans personnage, juste avec la bande son et le fond pixelisé de Google. Je comprends ce que je regarde et ça me fascine encore plus. 

Cette vidéo, ce sont deux artistes qui en sont les auteurs, Emilie Brout et Maxime Marion. Elle fait partie d'une série qu'ils ont appelée Google Earth Movies. C'est une de leurs premières oeuvres. Et c'est en la découvrant que je les ai rencontrés et ils m'ont tout de suite plu tous les deux. 

Ça fait des années que j'essaie de comprendre Internet. Ce qu'il nous fait, c'est qu'il change à nos vies ce qu'il crée comme nouveau problème. Mais je me heurte à un obstacle majeur. Il n'y a pas un seul problème. Il n'y a pas une seule explication. 

Tous s'entremêlent et s'imbriquent, et j'en arrive le plus souvent à des conclusions complètement contradictoires. Où le plaisir se mêle au dégoût, l'émancipation à l'aliénation, l'espoir au désespoir. 

Or, ces contradictions, je les retrouve rarement dans le discours sur Internet, qui sont souvent assez péremptoires, trop univoque, qui vont dans un seul sens, celui de la critique ou de la vénération. Heureusement, il y a le travail de gens comme Maxime, Émilie, des artistes, c'est à dire des gens qui s'en foutent de la contradiction, ou plutôt qui savent la mettre en scène. C'est pour ça que le travail des artistes qui s'emparent des questions numériques m'intéresse. Et c'est pour ça que celui de Maxime, Émilie en particulier, me plaît. 

L'équipe

  • Réalisation : Anne-Sophie Ladonne
  • Mixage : Loïc Frapsauce
  • Musique : "Flip" par Yakie 

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