Emmanuel Leclère est journaliste au sein du service police-justice de la rédaction de France Inter

Il nous conseille la lecture de deux ouvrages :

  • Hors procédure : dans la tête d'un juge d'instruction , du juge Patrick Ramaël

Paru le 28 janvier 2015 aux éditions Calmann-Lévy

Patrick Ramaël "Hors procédure"
Patrick Ramaël "Hors procédure" © Radio France
  • Le frère perdu , de Bernard Kieffer , avec la collaboration et la préface deBenoît Collombat

Paru le 16 avril 2015, éditions La Découverte

Le frère perdu, de Bernard Kieffer
Le frère perdu, de Bernard Kieffer © Radio France

Parce que ces deux livres qui s’entrecroisent, s’entrechoquent autour du mystère de la disparition du journaliste Guy André Kieffer, le 16 Avril 2004 à Abidjan . Emmanuel Leclère fut d'ailleurs l'un des rares journalistes français à faire des allers-retours en Côte d’ivoire à cette époque-là.

Cette période qui s’étale de l’élection présidentielle de Laurent Gbagbo en 2000 à cette année 2004 qui s’est achevée par la tentative avortée de reconquête du nord de la Côte d’Ivoire par les troupes loyalistes de Laurent Gbagbo.

Cette période trouble - c’est un euphémisme - de l’histoire de la Côte d’Ivoire n’est pas encore écrite… ou si peu.

C’est durant cette période que ses deux meilleurs connaisseurs français ont été assassinés. Il se trouve que ce sont deux journalistes qui vivaient là-bas : Jean Hélène, le correspondant de RFI, et Guy-André Kieffer, spécialiste des matières premières àLa Tribune .

C’est Patrick Ramaël qui a instruit ces deux dossiers si sensibles où il a fini par être agressé à Abidjan et placé sous protection très rapprochée. Avant d’être empêché de travailler à Abidjan, mais aussi à Paris.

Une époque où les tensions intra-ivoiriennes et franco-ivoiriennes se multipliaient, où la France n’a jamais eu autant de soldats sur place, autant d’agents des services aussi.

Une époque où les grandes multinationales françaises ont développé des stratégies d’influence encore largement méconnues, où les Américains ont effectué une percée spectaculaire dans le cacao notamment avec la société Cargill. Une époque où tout ceux qui ont tenté d’auditer la filière cacao ultra corrompue et fondée sur l’exploitation des enfants ont eu la peur de leur vie… ou l’ont perdue. Quand on parle de la guerre du cacao, ce sont aussi des massacres interethniques dans des villages pour des bouts de terres et de forêt.

Lanceur d’alerte comme l'était Guy-André Kiefffer, c’est ce qu’il y a de plus dangereux pour les corrupteurs et corrompus de toutes obédiences.

Onze ans plus tard, Patrick Ramaël a consacré une bonne partie de son ouvrage à cette histoire. Le frère de Guy-André Kieffer, Bernard, lui, a tenté de reconstituer le scénario de cette affaire d’état.

L’approche de ces deux livres est à charge contre les anciens caciques du régime Gbagbo, ceux qui géraient les contrats d’armement malgré l’embargo onusien, ceux qui s’occupaient du financement politique… occulte bien sûr. C’est un réquisitoire partiel mais déjà implacable. Il est écrit à deux plumes indissociables bien qu’avec deux points de vue très différents. Pour la mémoire d’un amoureux de la Côte d’Ivoire.

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