Anne Douhaire est éditrice web à France Inter . Elle a aimé la BD Les Contes de la Ruelle de Nie Jun parue chez Gallimard BD.

Les contes de la ruelle
Les contes de la ruelle © Nie Jun/Gallimard BD

Anne Douhaire est éditrice web à France Inter . Elle a aimé la BD Les Contes de la Ruelle de Nie Jun parue chez Gallimard BD.

Quelques grammes de douceur… Dans Les Contes de la Ruelle, le dessinateur Nie Jun dresse, en quatre petites histoires, le portrait d’un grand-père et de sa petite-fille handicapée, Yu’er (enfant-poisson en Chinois) dans les hutongs , ces petits passages entre les rues de Pékin.

Toutes racontent la volonté touchante du grand-père de distraire la petite-fille de son isolement lié à ses jambes inertes. C'est délicieux et poétique. Le dessin à l’aquarelle et au fin trait de crayon est délicat. Les couleurs dans les tons pastels apportent une dose d’optimisme très rafraîchissante.

Nie Jun : « J’ai beaucoup puisé dans ma propre vie passée »

Comment est né le projet des Contes de la Ruelle ?

Pendant l’écriture du livre, je me suis souvent promené dans les ruelles des vieux quartiers de Pékin. Je m’asseyais pour dessiner avant d’entrer dans un petit restaurant très populaire pour prendre un bol de soupe aux tripes (la spécialité de Pékin).Et j'écoutais les bavardages de mes voisins de table. Cela m’a aidé à rentrer dans la vie quotidienne des habitants de ces ruelles . Le livre m’a permis de présenter ma vision de la vieille ville de Pékin et de sympathiser avec elle.

Ces histoires sont-elles puisées dans vos souvenirs ou dans la tradition chinoise ?

J’ai mélangé des souvenirs de mon enfance dans les quatre contes. Petit, j’adorais collectionner les timbres et en demander aux gens qui recevaient une lettre. C’était toujours une joie de voir arriver le facteur – ça se voit justement dans le conte La Lettre. Dans Paradis des Insectes, on reconnaît ma passion pour attraper des insectes, couplée à la nostalgie des jouets de mon enfance. Dans Vieux bambins, je me suis rappelé de plusieurs détails de ma vie passée. Quand j’étais petit, j’ai toujours vu la couronne de fausses dents de mon grand-père déposée sur le rebord de la fenêtre. Vous voyez, j’ai puisé beaucoup de choses dans ma vie passée pour les Contes de la Ruelle. Car, par rapport à la culture traditionnelle des livres, je préfère celle de la vie réelle.

La figure du grand père a-t-elle une place particulière dans la culture chinoise ?

Une expression chinoise célèbre dit : «deux générations séparées par une autre génération s’entendent plus facilement ». Entrée dans le troisième âge, une personne âgée ressemble souvent de plus en plus à un enfant. Du coup, cela facilite sa communication avec ses petits-enfants. Dans Les contes de la Ruelle, pépé est un vieux Pékinois typique : beaucoup d’humour, et une soif d’aider les autres. Actuellement, les jeunes parents se concentrent sur leur travail. Dans ce cas, les grands-parents les aident à s’occuper des enfants. Ce qui leur procure du plaisir mais aussi de la fatigue. Quand j’étais petit, j’ai souvent passé mes vacances d’été ou d’hiver chez mes grands-parents paternels dans la province du Qinghai. Puis, j’ai fait mon collège à Qingdao, et vécu trois ans chez mon grand-père maternel. Voilà pourquoi je garde un très grand souvenir de lui.

Le livre se passe dans le passé. Dans la Chine d’aujourd’hui, les décors auraient-ils été moins poétiques ?

Les jeunes d’aujourd’hui aiment se balader dans les vieilles rues historiques, où l’on trouve souvent des cafés et des ateliers d’artistes. Cette mode qui regroupe le moderne et l’ancien fait rajeunir les vieilles rues. Les gouvernements locaux font de plus en plus attention à protéger les sites historiques de leur ville. Car le romantisme d’une vieille rue est non seulement une richesse rare pour une ville, mais elle l’aide aussi à se développer.

Avez-vous eu des lectures particulières pour ce livre ?

J’ai lu tous les livres qui racontent la vie ou des anecdotes sur le Pékin d’autrefois. Par exemple le fameuxMémoire de la prospecté rêvée de la Capitale, qui raconte les coutumes ou les paysages des rues dans les détails. Internet fournit aussi un bon outil pratique.J’ai mis du temps pour me plonger dans ces rues et y faire des dessins de la vie. J’ai dû observer de près la vie quotidienne des habitants, les écouter se saluer en se taquinant ou même s’engueuler. J’observais aussi leurs loisirs. Sur ces détails accumulés, j’ai fondé les personnages de ce livre.

Ce récit est très poétique, c’est votre sensibilité habituelle ?

Merci. Je suis content d’avoir retrouvé ce sens poétique en dessinant ce livre. Chacune de ces petites histoires a la fin d’un conte d’enfant. Mais la réalité actuelle me rend triste – peut-être que mon sens poétique est justement né de cette ambiguïté.

Avez-vous modifié des éléments de votre livre pour l'adapter au public français ?

Non. Malgré la différence entre les cultures, je crois que nous avons tous les mêmes sentiments humains. Si j’avais fait des modifications pour chercher à satisfaire le goût des lecteurs français, j’aurais risqué de les dégoûter. J’ai donc fait ce que j’aimais faire en vous offrant un bout de vie tel quel.

Les contes de la Ruelle de Nie Jun sont publiés chez Gallimard BD

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