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André Malraux
André Malraux © Radio France

Il nous recommande chaudement la lecture du livre Les chênes qu'on abat , d'André Malraux, paru en 1971 chez Gallimard.

Un livre d'entretien entre Malraux et de l'ancien président Pompidou, retiré de la vie politique à Colombey-les-Deux-Eglises, en partie romancé.

Et un ouvrage qui permet de prendre de la hauteur vis-à-vis de la "peoplisation de la politique", de la frénésie des sondages et surtout, une manière de renouer avec la grandeur du politique.

Extrait de la page 55 :

Ce que signifiait le général de Gaulle pour les Français qui le suivaient était clair? Soit; un des hommes sans lesquels la France serait différente de ce qu'elle est. Mais pour tous les autres? Pour le Tiers Monde, il a incarné l'indépendance, et pas seulement la nôtre; il a rétabli la France qu'avaient aimée jadis tant de nations, et non une France Über alles; il a été le défendeur de l'Afrique, et, à la fin du Viêt-nam. Il a rendu la France une force liée à lui, et d'abord à notre faiblesse : on l'a écouté, contre les colosses, parce qu'il ne pouvait menacer personne. Mais rien de tout cela, ni même tout cela, n'explique l'enthousiasme de l'Iran, la considération de Mao - ni l'instituteur mexicain qui dit à Joxe, venu visiter son petit musée : « Adieu, serviteur d'un héros... » L'instituteur n'appelle pas héros le général de Gaulle, parce qu'il approuve sa politique. Le personnage qu'il appelle héros appartient à l'imaginaire. Son action ne vient pas des résultats qu'il atteint, mais des rêves qu'il incarne et qui lui préexistent. Le héros de l'Histoire est le frère du héros de roman; un chevalier n'est pas un reître. La crucifixion révèle la royauté du sacrifice. Bien entendu, le héros de l'Histoire n'agit pas si clairement, et sa gloire tient souvent aux sentiments épars qu'il ordonne. La gloire d'Alexandre va de soi (le plus grand conquérant du monde occidental), pas celle de César; mais le meurtre de César assure sa gloire. Si la défaite de Napoléon ne détruit pas sa légende, c'est que Sainte-Hélène fait de lui le compagnon de Prométhée. Il était devenu Napoléon quand il avait cessé d'être Bonaparte, comme Michel-Ange était devenu Michel-Ange lorsqu'il avait cessé d'être M. Buonarotti : ce que j'ai dit autrefois.

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