Le pourri n’existe pas. C’est une vue de l’esprit. Une notion toute relative. Un goût très personnel. Il n’y a pas de stop, pas de point final, rien de corrompu. De la vie qui palpite à la charogne qui pue, tel est le continuum de la chaîne du vivant…..

À quel moment précis dit-on qu’une chose, un être, ou une blague est « pourri » ?

À quel stade le Livarot est-il trop avancé ?

Le pescadou pas fraîchou ? 

À quel échelon olfactif dois-je changer de Burlington ? 

Du tout neuf au putride, de l’œuf tout frais pondu à celui de cent ans, ce qui schlingue pour l’un embaumera pour l’autre.

Embaumer, je rappelle : technique de conservation du cadavre qui lui permet de s’exposer trois mille ans après au Grand Palais. 

Ou plus proche de nous : cosmétique du macchabée pour le rendre attirant dans sa bière. 

Mais voilà…

Momificateurs, thanatopracteurs, Pôle Emploi vous guette ! 

Le corps humain désormais s’embaume tout seul.

Ça, c’est l’effet magique des conservateurs de synthèse et des antibiotiques que l’homme moderne ingère à longueur de fast food et de rhinopharyngites. 

Laisse vieillir un Burger industriel sur l’étagère : il ne pourrit pas, il sèche.

Et bien toi, toi qui l’as ingéré à toutes tes pauses dej (et qui en est peut-être mort), tu ne ne pourris pas non plus ! 

Tu pourras bientôt, veinard, t’exhiber façon Ramsès.

Ou plutôt, tu encombreras les sous-sols de ton imputrescible cadavre, ton physique identifiable rendant impossible toute réduction du corps.

Tu ne retourneras pas à la terre nourrir les arbres et le vivant et faire du carbone comme ton devoir l’exige.

La pourriture, c’est la vieillesse des morts ! 

Comme il existe des vieux utiles, il y a des morts vitaux.

Un mort qui vieillit bien héberge en son sein un microbiote foisonnant (preuve qu’il s’est bien nourri pendant sa vie terrestre) et saura enrichir l’humus après les derniers sacrements 

Humus, humain : même racine !

Un mort qui vieillit bien élève des meutes, des écuries de bactéries et des étables de vers blancs. 

Et cultive des champignons à foison. 

Ce fermier de l’au-delà ? Vous pouvez le devenir ! 

Allez donc mourir dans l’état de Washington au printemps prochain.

Il y sera enfin légalement possible de s’y faire composter.

Alors comment on fait : on vous met dans un conteneur avec de la paille, des copeaux de bois, de la luzerne… et on vous restitue 3 mois plus tard sous forme de terreau.

Un mètre cube de compost bien riche où vos héritiers planteront le chêne ou le platane ou l’aubépine du souvenir.

Vos petits enfants pourront ainsi les beaux jours revenus se lutiner sous vos ombrages, en priant pour que vous restiez de bois.

Et ainsi recommencer l’histoire…

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