Tiens, on va parler de la vierge ! Pas de la vierge Marie, non. On va parler de la forêt

La Terre Ferme
La Terre Ferme © Getty

De Marie Laforêt ?? Non plus !

Oula ! Je sens que je vous perds ! 

Je vous perds dans la forêt, mes petits Poucets !

Bon reprenons.

Jadis, dans l’une de mes vies antérieures, je me baladais peinard dans la forêt de Bornéo…

Et là, qu’est-ce que je vois ? La vierge ???

Non, justement, pas la vierge ! 

La vierge n’existe pas ! Cette évidence fût pour moi comme une apparition.

La forêt vierge est un fantasme de citadin inculte. 

La forêt, elle, est cultivée. 

Vous croyez explorer une jungle sauvage et en fait, vous déambulez au beau milieu d’un jardin, un verger, un potager…

Une ferme, oui c’est une ferme !

Une exploitation agricole où tout ce qui pousse, tout ce qui vit, a été soigneusement choisi, sélectionné, soigné, modelé avec une science millénaire par les agroforestiers du coin.

Il est vrai que cette forêt est plus compliquée à déchiffrer pour le profane qu’un alignement de platanes !

Même les scientifiques s’y trompent, s’exclamant qu’un lieu si riche et diversifié ne peut qu’avoir été épargné par la main de l’homme !

Alambiquée, bordélique au premier regard, cette végétation n’a pourtant rien d’aléatoire.

A Bornéo se pratique l’agroforesterie du damar. Je précise que le damar n’est pas un sous-vêtement pour senior frileux, mais une résine précieuse

dont les insulaires font la culture et le commerce.

Sous ses airs foufous de forêt primaire, la forêt-jardin se compose de petites parcelles savamment agencées au fil des siècles. 

Les fermiers sylvestres cultivent en symbiose riz, café, poivre ainsi que de jeunes plants de damars qui se développent au cœur d’une végétation, plantée ou spontanée, toujours plus luxuriante. 

Ah bien sûr, ce système produit moins de résine à l’hectare que ce que fournirait une monoculture, mais cette agroforêt génère bien d’autres merveilles : du bois, des fruits, des plantes médicinales et bien sûr du café, du poivre et du riz.

Pas étonnant, ricanez-vous ! Il pousse n’importe quoi sous ces climats tropicaux !

Ah oui ? Venez donc faire un tour en Afrique du Sud, dans le Kalahari que les ignorants persistent à appeler « désert ».

Ses habitants le considèrent comme une grande ferme qu’ils exploitent avec amour et science, dont ils connaissent par cœur chaque plante, animal ou insecte et savent parfaitement les utiliser.

Là où le pèlerin ne voit que sable et cailloux, le kalaharien évolue comme mamie au Super U, 

Il pioche dans les rayons sa bouffe, ses habits, ses remèdes, et le papier Q.

Sous nos cieux tempérés, le paysan de chez nous peut lui aussi produire de la biodiversité. Et pas qu’un peu !

Des plantes et des arbres cultivés ensemble pour se soutenir mutuellement, pas de chimie, pas de charrue, des sols simplement couverts de paille pour donner à manger à la micro-faune, qui sera à son tour mangée par les oiseaux etc etc.

La Vie quoi !

Alors de grâce arrêtons de vouer un culte à la vierge ! 

Cessons de sanctuariser ces espaces où la main de l’homme ne doit jamais mettre le pied !

N’opposons plus le cultivé et le sauvage, l’agriculture et la biodiversité.

Produisons en protégeant, protégeons en produisant !

Notre Terre tout entière est une ferme !

L'équipe
  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire