C’est d’un tout petit désert dont nous allons parler aujourd’hui, un désert d’une trentaine d’hectares au Nord Est de Paris : Les « Monts Gardés » sur la commune de Claye Souilly.

C'est une emprise de la SNCF décapée jusqu’à la roche par les travaux de la ligne TGV Est dans les années 2000

Et si nous en parlons c’est parce que justement ce n’est plus un désert mais un lieu plein d’une formidable biodiversité et qui commence même à produire pas mal de denrées alimentaires. Un vrai « petit miracle ».

Qui donc est à l’origine de ce « petit miracle » ?

C’est une jeune femme formidable, elle s’appelle Agnes Sourisseau et depuis une quinzaine d’années elle fait preuve d’une ténacité hors normes pour redonner vie à ce triangle coincé entre autoroute et voie ferrée autrefois désolé et aujourd’hui fourmillant de vie.

Alors, quel serait, d’après elle, le paramètre essentiel pour ramener la vie dans un désert ?

Le paramètre essentiel c'est le temps. En fait il faut très peu de temps pour détruire un sol et il faut des dizaines milliers, voire des millions, d'années pour construire un sol.

D’abord les herbes, ensuite les arbres, on n’invente rien bien sûr, c’est le modèle de la Nature dont on parle ici.

Qui dit Nature dit végétal bien sûr mais… l’animal, qu’en est il de son rôle dans cette dynamique du Vivant ?

Les premières plantes qu'on a semées ont été très très malmenées par [une] surpression de lapins. [....] Pour régler cette difficulté, il faut contrôler la population des lapins. [...] La gestion de la faune sauvage est un vrai enjeux à tous les niveaux."

Et oui, ce n’est pas si simple, voyez comme on a besoin de prédateurs pour réguler tout ce petit monde et là, en l’occurrence, c’est l’humain par défaut qui fait le boulot pour arriver à l’équilibre.

Pourrait on se dire, au vu de ces résultats encourageants, que le désert est réversible ? Que l’on peut se permettre de détruire puisqu’on sait reconstruire ?

Ça serait trop beau…

On n'est pas arrivé au bout du chemin pour restaurer la diversité et la régénérer. [...] Aujourd'hui on sait que des sols qui sont détruits, on peut amorcer une régénération mais on n'atteint pas si vite que ça l'objectif. Et d'autre part lorsqu'on a détruit des zones, on constate que c'est rarement, voire jamais, réversible.

Voilà, rarement voire jamais réversible, en tous cas pas dans notre échelle de temps à nous, les humains pressés.

Les « Monts Gardés » sont aujourd’hui de nouveau menacés par l’emprise urbaine, vous trouverez tous les détails sur la page web du sens de l’humus et les franciliens peuvent aussi s’y rendre à vélo en suivant le canal de l’Ourcq, c’est une jolie promenade…

Alors, gardons notre sens de l’humus et protégeons les trésors du Vivant… tant qu’il y en a encore.

  • Pour aller plus loin :

- La pétition pour sauver les Monts Gardés.

- Une ville, film d’animation d'Emmanuel Bellegarde (2009), inspiré de textes et dessins de Yona Friedman, avec la voix de Michael Lonsdale. A voir sur Vimeo.

- Agnès Sourisseau., Aurélien Gabriel Cohen. Déployer les lisières. Du paysage arboré au territoire agroforestier : l’exemple des Monts Gardés, 6 novembre 2018, Cahiers COSTECH numéro 2. A lire en pdf sur ce lien.

- Reportage sur Les Monts-Gardés par Aurélien Cohen, dans l’Almanach Soldes #4 (2017), diffusion Les Presse du réel.

- Reportage sur Les Monts-Gardés, Les 400 coups du lapin par Anne de Malleray, Revue Billebaude n°8, 2016

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