Cuisinières, cuisiniers, lipophiles, lipophobes, oyez braves gens ! Voici la complainte du gras, accusé de charges pondérales, mis en examen pour obturation de vaisseaux, vilipendé par des meutes de diététiciennes maigres !

Haro sur le gras! Arrêt sur les gros! Bon. C’est quoi le gras, en gros?

Le gras, du latin crassus, qui a donné crasseux, était bien mal parti. Pourtant il devint vite populaire.

Oui. Le gras eut un état de grâce : les bouillons, les foies, les choux, les veaux…. Même les mardis étaient gras, les jolies femmes étaient en bon point, les blagues étaient grasses et les matinées aussi.

En gros, le gras c’était bien ! 

En ce temps là, les cochons couraient nus dans les champs et les bois, ils se gavaient de bons glands et de bonnes châtaignes qui font le bon lard, qui font le sein doux. Les maquereaux, les harengs, les anchois frétillaient d’aise au gré des marées pas encore noires. Ils faisaient des bons gras, les gras de la marine. Les poules en liberté se tapaient des vers dodus, les vaches folâtres broutaient les fleurs sauvages et pissaient un lait dru. La grasse main de ma soeur battait le beurre.

Cette époque, pleine de grâce et donc de graisse, est révolue. Des les années 60, l’industrie fit passer le gras du côté obscur ! 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.