Où Arnaud Daguin remonte le temps et explique (et en rimes s'il vous plaît !) en quoi les naissances de l'agriculture et de la guerre sont historiquement et chimiquement liées…

Récolte d’un champ de blé dans des nuages de poussière
Récolte d’un champ de blé dans des nuages de poussière © Getty / ollo

Quand avec nos enfants vêtus de peaux de bêtes, échevelés livides au milieu des tempêtes… (Merci Victor pour le coup de main au démarrage)

Aux siècles légendaires où nous étions étions chasseurs, nous courrions la planète et après le gibier, selon les saisons, les migrations, les glaciations.

Ce n’était pas facile, on ne vivait pas vieux, mais toujours au grand-air et on était musclés.

La tambouille n’était pas bien copieuse, mais elle était saine et surtout très variée.

On se chamaillait bien un poil pour des histoires de territoires mais on avait suffisamment à faire pour occuper pépère notre niche écologique.

On vivait sportivement sans trop chercher de noises aux voisins.

Quand nous eûmes boulotté tous les gros animaux…

Quand nous eûmes, par la grâce de notre fécondité débridée, sorti du jeu l’entièreté de nos cousins Homo…

Alors, nous autres Sapiens, il nous fallut produire notre pitance pour continuer d’exister. 

Naissance de l’agriculture.

Produire, c’est rester

Rester, c’est stocker

Stocker, c’est bâtir

Bâtir, c’est défendre. 

Naissance de la guerre.

La guerre contre le végétal d’abord, pour faire pousser uniquement les plantes voulues et éradiquer sans merci le reste des herbes devenues, j’ouvre grand les guillemets : "mauvaises".

La guerre ensuite contre l’animal, désormais "nuisible", "ravageur" car profitant des déséquilibres par nous créés.

Ben oui, faire pousser la même plante et pas les autres, c’est nourrir la même bestiole et pas les autres. 

La guerre enfin, contre nos frères humains, pour défendre, conquérir, s’approprier les terres cultivées, les richesses accumulées, les troupeaux d’aurochs et les femmes velues.

Notre ingéniosité à fabriquer des armes de chasse trouve dans la guerre un prolongement tout à fait logique et infini.

A la course à l’armement, il n’y a pas de ligne d’arrivée.

Et bien c’est pareil en agriculture ! 

Pour asservir le Vivant et dominer la Nature, nous avons au cours des millénaires fait preuve d’un génie sans limite.

Permettez-moi de vous rappeler que depuis le XIXe siècle, les fertilisants et les explosifs, c’est pareil.

C’est exactement le même produit qui a explosé les rendements agricoles et les poilus au Chemin des Dames.

Les ammonitrates… ou comment court-circuiter la fertilité par la fertilisation, recycler la poudre à canon en booster de végétal.

Les engrais et les bombes ? C’est bonnet blanc et blanc bonnet, ont récemment constaté Beyrouthines et Beyrouthins dans les décombres fumants de leur port

Cet engrais-là est le cœur de tout un système agricole qui ne pourrait exister sans lui. 

Il est le symbole absolu de ce qui a fait de nous les ennemis de la Terre. 

Alors, à défaut de réconcilier les hommes, commençons par faire une agriculture qui nous réconcilie avec la Nature.

Cette agriculture foisonnante où il n’y a pas plus d’herbe "mauvaise" que d’animal "nuisible", elle arrive !

Saluons les progrès de ces agriculteurs pionniers qui produisent beaucoup et bien, en travaillant main dans la main avec les vers de terre… 

Ouais, ouais je vous l’accorde, ça n’est pas facile

Mais très bientôt, dans nos campagnes et pourquoi pas dans nos villes, la seule explosion que nous aurons à constater, ce sera celle du VIVANT.

L'équipe
  • Arnaud DaguinAncien chef étoilé, expert en stratégie alimentaire