Je vais vous parler d’un vice, d’un délit, d’un délice. Une poussée printanière, cette attirance irrésistible vers les nourritures prépubères. Je vais vous parler… de la pédophagie.

Pédophagie : propension à consommer des plantes -et pas mal d’animaux- dans leur prime jeunesse, sans leur consentement.

Combien de pois consommés tout petits ?

Combien de choux dégustés dans leur fleur ?

Combien d’agneaux immolés à la mamelle ?

Combien de poissons frits encore tout bébés ?

Faut-il condamner la pédophagie ? 

Doit-on écrouer les prédateurs des potagers, les ogres des bergeries, les Dutroux des estuaires ??

Non !

La jeunesse, c’est bon !

C’est tendre, plein de jus, 

Âââh l’innocent pigeonneau sur son lit de petits pois à peine nubiles !

Âââh l’agneau de lait rôti avecques de jeunes piments !

Âââh les piballes sautées avec un peu d’ail tout juste formé !

Mais je m’égare, je m’égare…

Bon. Discernons déjà deux type de pédophagie.

La végétale et l’animale. 

Ultérieurement, nous nous pencherons sur l’animale.

Aujourd’hui la question est : doit-on fustiger la pédophagie végétale ?

Oui !

Récolter les végétaux en pleine croissance, c’est mal !

POURQUOI?

Par ce que ça affame les sols.

Vous connaissez le mantra de l’agriculture du vivant : 

“Nourrir les sols pour nourrir les Hommes”

Et comment nourrir les sols ? 

En leur laissant récupérer une bonne part de ce qui pousse dessus.

Car, comme vous devriez le savoir :

“C’est la plante qui fait le sol et non le sol qui fait la plante”

On peut résumer l’agriculture idéale comme la production d’une biomasse énorme divisée en trois parts qui remplissent trois missions : 

Une part qui alimente les hommes et leurs bêtes,

Une part pour nourrir le sol,

Et la troisième dédiée à produire de l’énergie ou des bio-matériaux.

Quel rapport avec le petit pois, me direz-vous ?

J’y viens…

Quand on récolte la plante toute pitchounette, on ne remplit que la première de ces trois missions : nourrir les humains. 

Et encore, si peu !

Et on néglige les deux autres.

En s’adonnant à la pédophagie, on ne rend rien aux sols.

Le carbone que la plante à capturé dans l'air doit revenir au sol, au moins en partie.

“Grandir, mourir, pourrir, nourrir” tel est le cycle du vivant.

En s’adonnant à la pédophagie, on ne produit aucune énergie ni aucun matériau : ni huile, ni méthane, ni textiles, ni isolants…

Alors… que faire pour continuer à se régaler de légumes immatures sans épuiser les sols ?

Compenser…

Voyez ce champ entièrement rasé, nu, affamé… après la récolte précoce de ses petits pois…

Il faut au moins deux champs de tournesols ou de maïs géant pas trop loin de lui.

Comme ça, ils lui refilent de quoi se nourrir pour rester fertile, merci les voisins… Vive le partage !

Il faut nourrir chaque mètre carré agricole !

Ainsi nous laisserons aux générations futures des sols pleins de vie. Soit le gîte et le couvert de la biodiversité qui fait la fertilité.

Et nos gamins pourrons continuer à coucher les pigeonneaux sur des lits de petits pois, à farcir éhontément les courgettes en fleur et à tremper 

leurs jeunes carottes dans  maintes sauces vierges. 

Pardon, je m’égare…

L'équipe
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