Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés et vous tous, qui encouragez le crime par votre gloutonne complicité… Sur le banc des accusés : le sucre !

Sucre ! Vous comparaissez ici pour de multiples chefs d’accusation et notamment :

  • Détournement de mineurs :

Sucre ! On vous a repéré à la sortie des écoles sous le déguisement grossier de bonbec, en train de pervertir le goût en pleine formation de millions d’innocents. Mesdames et messieurs les jurés, si tant de jeunes dépravés s’adonnent à la succion de friandises et négligent les salsifis, de qui est-ce la faute ? 

Du sucre assurément !

  • Travestissement :

Sucre ! Vous avez été identifié dans nombre d’aliments industriels, pains de mie et autres sauces kebab où vous vous faufilez clandestinement, poussant la perversion jusqu’à vous dissimuler sous un pseudonyme : lactose, dextrose, saccharose… Il ose ! Monsieur le Président, il ose !

  • Incitation à la toxicomanie :

Sucre ! La cour condamnera votre propension à séduire grâce à votre dimension affective issue de votre antériorité historique dans les palais humains. 

Ah ! Retrouver la candeur enfantine en tétant son soda ! 

Nostalgie mortifère qui conduit tout droit à l’obésité !

Ainsi, comme ces autres poudres blanches qu’on s’administre par divers orifices, Sucre, vous êtes un poison ! 

Je réclame une peine exemplaire : le bannissement définitif. 

La parole est à la défense. 

M. Le Président, Mesdames et Messieurs les jurés...

Je demande la relaxe pure et simple de mon client. 

Regardez-le, tout blanc, sur son banc d’infamie, condamné à l’avance par tous les préjugés qui courent sur son compte. 

Les parties civiles auraient tout intérêt à détourner les yeux de leurs bourrelets et de leurs molaires cariées pour considérer les bons côtés de mon client. 

N’oublions jamais qu’au commencement, le sucre est une plante, ainsi que nous le rappelle judicieusement un célèbre sucrier au nom de rappeur. 

Nous pourrions donc plaider que cette plante, canne ou betterave, fait vivre d’innombrables familles.

Qu’elle est le cœur battant de milliers de paysages et de paysans.

Nous pourrions plaider que mon client est une fabuleuse source d’énergie, que sans sucre point d’alcool et sans alcool, point d’eau de cologne !

Mais fi de tout cela, nul besoin de lister ses mérites, Mesdames et Messieurs les jurés, pour que vous le relaxiez. 

Il nous suffira de faire remarquer à la cour que ce procès est un faux procès. 

En effet, Monsieur le Président, c’est sans aucun doute L’USAGE qui est fait de mon client qui devrait être sur la sellette ! 

L’USAGE, et certainement pas mon client lui-même. 

Vous viendrait-il a l’idée de condamner un couteau, un marteau ou même l’océan au prétexte qu’ils peuvent aussi tuer quand on les utilise mal ?

Quelle est cette époque où l’on blâme, punit et censure un innocent pour se dédouaner de ses propres comportements ?

Oui, mon client est éminemment séduisant, raison de plus pour le fréquenter avec mesure. 

Les excès qu’il peut entraîner chez les âmes faibles ou peu éduquées ne sauraient escamoter ses vertus !

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés…

Il est grand temps que par ses décisions, la justice rendue au nom du peuple mette l’accent sur la responsabilité de chacun au regard de sa santé. 

La cour relaxera donc le sucre et condamnera les parties civiles à tenir un stand de berlingots à la Foire du Trône.

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