Arnaud Daguin revient de Corse ou il a été convié par Slow-Food

La Corse roupille ! 

Attention, j’ai bien dit LA Corse et pas LES corses… Vous me connaissez, loin de moi les poncifs éculé. Et puis j’ai pas trop envie de me prendre un coup de fusil.

Donc ce qui roupille, en Corse, c’est l’écorce. Non non ! Pas les Corses, l’écorce en un seul mot. La surface, le sol ! Des centaines de milliers d’hectares dormant sous le vert édredon du maquis. 

Le maquis couette quoi… 

La Corse, historiquement grenier à blé de la méditerranée, devint hystériquement en quelques décennies le bronze-cul de l’Europe. 

Comment ce fait-ce ? 

C’est Guy Maestracci, émérite vigneron et son fils Pierre François, brasseur de la bière locale Ribella à Patrimonio, qui m’ont donné quelques éléments de réponse. Ils m’ont raconté comment, là aussi, comme dans bien d’autres territoires, la valeur des terres a changé de camp. Jadis, au temps de l’emprise agricole, on donnait en héritage au fils aîné les terres de l’intérieur, celles qui avaient de la valeur. 

Elles avaient de la valeur car elles nourrissaient le territoire et ses habitants. 

On laissait aux filles les terres dérisoires, le littoral, le sable stérile, moustiques et malaria. Et c’est là que ça se corse ! Tout changea ! Il devint plus facile et moins cher de faire venir le blé du continent que de le produire sur place. Et en même temps, le tourisme apparut Les mouches ont changé d’âne comme on dit chez moi. Et les héritages de destinataires… 

Aux aînés, les zones constructibles au bord de la mer, devenues tellement lucratives. 

Aux filles les terrasses agricoles abandonnées, couvertes de chênes verts et de cochons sauvages : le maquis. 

Guy Maestracci, dans sa grande sagesse, a baptisé cette Corse-là, celle de l’intérieur, que seuls les chasseurs et quelques bergers opiniâtres occupent encore. Il l’appelle la “Belle au bois dormant”. Il dit qu’elle n’attend que le baiser de son prince pour reprendre vie. Je le soupçonne de penser que le profil du prince en question, c’est celui de Pierre François, son fils, et pas que lui bien sûr. 

Ce sont tous ces jeunes gens pleins d’énergie qui arrivent ou reviennent du continent avec une idée en tête, habiter et faire vivre ce territoire. 

Mais quel pourrait être le baiser du réveil ? Comment, sans se ruiner où se tuer à la tâche, ré-ouvrir ces paysages en sommeil ? 

C'est Alain Canet, chantre de l'agro-foresterie, qui, au cours d'une belle balade, nous mit sur la voie. Il nous raconta comment, grâce aux animaux élevés en agro-foresterie, cochons, brebis, chèvres et volailles, on pourra reconquérir ces terres et les rendre à nouveau cultivables. 

François Mulet, pionnier du maraîchage en sol vivant, nous fît rêver en imaginant les vignes et le houblon, redevenus lianes, grimper aux arbres. 

Pendant quelques instants, nous avons vu la Corse ouvrir lesyeux et nous sourire 

Qu’est-ce qu’elle est belle au réveil, l’Ile de Beauté ! 

Vivement les baisers de tous ses princes charmants ! 

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