Un Français sur cinq est passé sous l'aiguille, selon un sondage réalisé par l'Ifop, en 2018. Le tatouage est-il toujours une oeuvre d'art ou est-il devenu un objet consommable ? A-t-il perdu son âme ?

Le tatouage : un objet de consommation comme les autres ?
Le tatouage : un objet de consommation comme les autres ? © Getty / Iuliia Isaieva

18% des Français majeurs sont ou ont déjà été tatoués d’après un sondage Ifop. Aux Etats-unis, cela grimpe à un tiers des américains. Ces chiffres sont parlants, il y a une démocratisation du tatouage, une mode, voire une massification d’une pratique qui a longtemps été associée à la marginalité. 

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, le tatouage était réservé aux prisonniers, aux bagnards, aux mauvais garçons, aux marins. Jusqu’à il y a peu encore, on passait sous l’aiguille pour marquer son appartenance à un groupe : bikers, fan club de Johnny, jeunes filles ayant un peu trop regardé le film "Le Grand Bleu", avec tatouage de dauphin réglementaire sur l’épaule. 

C’était aussi un univers très codifié. Les motifs et les emplacements étaient soigneusement choisis pour le message qu’ils devaient adresser. "Il y a trois sortes de tatouages, il y a le tatouage artistique, médicale et esthétique", explique Bruno, le premier tatoueur de France, installé dans le quartier de Pigalle en 1964, dans une archive de l’INA. 

"En France, (en 1964) le reptile est à la mode. Symboliquement, il veut dire ou vengé ou vengeance mais tout dépend de l'inclination de la tête du reptile, si elle est en haut, c'est vengeance, si elle est en bas, c'est vengé." - Bruno, premier tatoueur de France

Le tatouage est-il un nouveau conformisme ?

La symbolique du serpent, on voit à peu près l’idée. Mais qu’est-ce qu’on cherche à affirmer quand on se fait tatouer une pizza, un avocat, ou un décapsuleur ? Cette évolution est peut-être symptomatique d’un changement du rapport au corps au sein de la société française, une émancipation. Cela interroge aussi l’influence sociale dans toutes ses contradictions. Tout dans l’époque encourage l’instantanéité, le zapping, alors que se faire tatouer, c’est une décision pour la vie.  

Réagissez

Autour de la table ce vendredi pour en parler, Loïc Gignoud, tatoueur perceur, fondateur du studio Abraxas, à Paris et membre du SNAT, syndicat national des artistes tatoueurs, Anne de Hey !, commissaire générale de l’exposition “Tatoueurs/Tatoués” au Quai Branly en 2015, qui fait le tour du monde depuis et qui sera exposée à Taïwan, en septembre, et Gilles Boëtsch, anthropologue, directeur de recherche et président du Conseil scientifique du CNRS, auteur du "Dictionnaire du corps" et de "La peau, un enjeu de société", aux éd. CNRS.  

Yann Basire, maître de conférences en droit privé et futur directeur du centre d’études internationales de la propriété intellectuelle, qui a participé au premier colloque sur le tatouage et le droit à Limoges, en juin, nous rejoindra par téléphone en deuxième partie d'émission pour parler de propriété intellectuelle. 

Racontez-nous, dites-nous ce que vous pensez ici, sur l’application France Inter ou encore sur Twitter, #ledébatdemidi. N'hésitez pas à nous raconter votre expérience, vos témoignages seront précieux pour alimenter le débat.

Les invités
  • Loïc GignoudTatoueur perceur, cofondateur du studio Abraxas, à Paris
  • Anne de Hey !Commissaire d'exposition de "Tatoueurs tatoués"
  • Gilles BoëtschAnthropologue, directeur de recherche au CNRS
  • Yann BasireMaître de conférences en droit privé et directeur du centre d’études internationales de la propriété intellectuelle
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