Je coupe l’eau quand je me brosse les dents, je prends le vélo pour les petits déplacements, je fais mon compost, j’achète en vrac… Oui, mais est-ce que tous ces petits gestes ont un impact sur l’environnement ?

Les petits gestes peuvent-ils sauver l'avenir de l'humanité sur la planète ?
Les petits gestes peuvent-ils sauver l'avenir de l'humanité sur la planète ? © Getty

A l'antenne

Nos invités : 

À la une aujourd'hui dans Le Figaro avec Albert Zennou, les premiers pas difficiles des maires écologistes de Lyon, Bordeaux et Strasbourg, qui doivent d'abord faire face à la crise économique.

Extraits de l'émission ci-dessous.

Le poids réel de ces petits gestes

Alexia Soyeux : 

Les petits gestes et les changements de comportements individuels sont indispensables mais ce n'est pas suffisant. Si on se contente de ça, on est quand même loin du compte face à l'urgence. 

Chez Carbone 4, nous avons voulu mesurer le poids réel de ces petits gestes dont on parle énormément et sur lequel le discours général, médiatique aussi, se focalise beaucoup, parce que notre rôle, c'est de donner des ordres de grandeur pour pouvoir gérer les priorités et agir au bon endroit. 

L'empreinte carbone moyenne d'un Français est d'environ 11 tonnes par an ; il faudrait être à 2 tonnes par an d'ici 2050. Le chemin est énorme et je pense qu'on ne prend pas bien la mesure de ce qu'il faut changer. 

En étudiant cette empreinte des Français, on a regardé ce que pouvaient amener comme réduction les changements de comportements individuels dont on entend souvent parler : devenir végétarien, privilégier le vélo, arrêter l'avion, etc. C'est une première série d'actions qui ne nécessitent pas d'investissement à proprement parler. Nous avons calculé que cela permettrait de réduire l'empreinte de 25%, ce qui est déjà considérable. 

Ensuite, il y a une autre vague de mesures qui nécessitent des investissements, donc pas forcément accessible à tous (isoler son logement, changer de voiture, etc). Ça permet de réduire encore de 20%

On arrive à un potentiel de réduction de moins 45%, ce qui est à la fois énorme... Et insuffisant. 

Et quand on le pondère avec l'engagement réel des Français (c'est-à-dire que 100 % des Français ne vont pas appliquer tous ces gestes), on arrive plutôt à une réduction de moins 20% pour les changements de comportements individuels, avec ou sans investissement".

La radicalité est nécessaire

Jean-Baptiste Comby : "On a besoin d'une transformation radicale, c'est à dire au sens étymologique du mot, c'est à dire aux racines de notre organisation sociale"

Le capitalisme, c'est un rapport social qui n'est pas compatible avec les enjeux écologiques. 

Il faut comprendre comment sortir du capitalisme, comment faire en sorte que les logiques marchandes de concurrence, de compétition, qui sont la moelle épinière du capitalisme, ne soient plus hégémoniques, mais soient marginales". 

Pascal Greboval : "S'il n'y avait pas eu Simone Veil, Robert Badinter, il n'y aurait pas eu l'abolition de la peine de mort et la loi sur l'avortement. Donc, il faut toujours des gens radicaux pour faire avancer les choses

S'il n'y a pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, c'est en partie grâce aux Zadistes - pas seulement, mais en partie

Donc que Jean Castex dise, "en tant que premier ministre, c'est parce qu'il y a des radicaux qu'on n'avance pas, c'est se moquer du monde !"

Jean Castex et la croissance verte 

Alexia Soyeux : "Le premier ministre parlait de croissance écologique : ça entretient deux mythes. 

  • Déjà que la décroissance, ce serait la récession. Or, ce n'est pas du tout le cas. 
  • Et deuxièmement, ça contribue à maintenir l'illusion d'une croissance verte. Et cette croissance verte est matériellement impossible, malgré toute la technologie du monde et l'efficacité énergétique. Malgré les traités, etc. On ne sait pas découpler les émissions de CO2 et la croissance du PIB

Les changements de comportement sont-ils suffisamment profonds ?

Jean-Baptiste Comby : "Qu'est-ce qui amène les individus à adopter durablement un mode de vie sobre, d'un point de vue écologique ? Je travaille sur cette question depuis une quinzaine d'années et je vois bien que les gens disent 'Oui, alors des fois, j'ai vu un documentaire, j'ai lu un texte, etc. Et j'ai changé quelque temps mes modes de vie'. Puis, chassez le naturel, il revient au galop. 

Les changements de comportements se font quand il y a des changements structurels dans la vie des individus. En sociologie, on appelle des événements biographiques. C'est avoir un enfant, trouver un emploi, déménager, etc. 

Ce sont des moments où on interroge nos routines du quotidien, on les met en suspend et on peut, à ce moment là, modifier durablement certains de nos comportements. 

Sauf que là, il ne s'agit pas de changer QUE nos comportements : il s'agit de changer nos modes de vie, c'est à dire l'ensemble de nos comportements. Et pour ça, des études en sciences sociales le montrent, il faut changer de condition sociale d'existence. On peut prendre l'exemple de ces villages collectifs qui, en Bretagne ou en Ariège, etc. se sont organisés collectivement pour permettre aux individus de vivre réellement en dehors du capitalisme. C'est des lieux très intéressants d'expérimentation de ce que peut être le 'monde d'après'. 

On voit bien que si on veut un changement massif au niveau de la société, il faut là encore sortir des logiques dans lesquelles on vit, du cadre politique et économique dans lequel on vit.

Comment faire pour diminuer son empreinte et passer de 11 à 2 tonnes ?

Alexia Soyeux : "Ce qu'on voit en fait, c'est qu'il y a une énorme partie sur laquelle vous ne pouvez pas agir, parce qu'il y a une énorme partie des émissions de carbone qui sont dépendantes d'un système, une structure sociale, technique et politique. C'est le socle de notre économie française et mondiale et les individus, en tant que tels, n'ont pas les moyens de changer la donne.

Il faut que l'Etat accepte de mettre en balance la croissance à court terme pour mettre en place une transition qui soit véritablement radicale.

La croissance est encore aujourd'hui un indicateur fétiche et pourtant, elle indique plus le niveau de destruction de l'environnement dans lequel on vit qu'autre chose. Il faut remettre ça en question de façon urgente".

Est-ce que ce discours n'est pas un peu naïf ?

Alexia Soyeux : "La naïveté c'est surtout de croire qu'on peut continuer comme on fait actuellement. 

Il faut arriver à changer la façon de penser et de dire que faire décroître les flux de matière et d'énergie, ce n'est pas retourner à la bougie, mais c'est d'imaginer d'autres façons de vivre qui ne seraient pas centrées sur l'accumulation de capital, de richesses, etc." 

Jean-Baptiste Comby renchérit : "Toutes les personnes qui s'intéressent à l'écologie pourraient lire l'œuvre classique de Karl Polanyi, qui montre que mettre toutes les activités sociales, la santé, l'éducation ou la culture et tout ce qu'on veut, l'agriculture, etc. au service de l'économie, c'est quelque chose de finalement assez récent dans l'histoire de l'humanité. Avant, c'était l'économie qui était au service de toutes ces activités. 

Donc, effectivement, il faut faire basculer la charge de la preuve du réalisme. Aujourd'hui, ce qui était irréaliste, c'est de croire qu'on va pouvoir sauver la planète en faisant du capitalisme vert et la rhétorique des petits gestes

Aller plus loin

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Les invités
  • Pascal GrebovalRédacteur en chef du magazine Kaizen
  • Jean-Baptiste CombySociologue, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Panthéon-Assas
  • Alexia SoyeuxResponsable au cabinet de conseil Carbone 4
  • Damien HuetDélégué général de l’Association Bilan Carbone
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