Les affaires criminelles passionnent les médias et le grand public. Évidemment que ce n'est pas la même chose de lire un roman d'Emmanuel Carrère que de se plonger dans le "Nouveau Détective". Mais tous ces supports racontent une même fascination pour le fait divers. Et cette fascination est, elle-même, fascinante.

Les faits divers, un plaisir coupable ?
Les faits divers, un plaisir coupable ? © Getty / Phatrapong Parnpintong / EyeEm

Grégory, Alexia, Laëtitia, Maëlys. Ce sont juste des prénoms, mais ils convoquent tout un imaginaire, des meurtres horribles, commis il y a des décennies ou plus récemment, des affaires criminelles qui prennent une large place dans nos journaux, à la télé, à la radio, sur internet, qui se transforment en feuilleton et qu’il faut interroger. Parfois, ce n’est pas seulement un prénom mais un nom à rallonge qui devient glaçant : Xavier Dupont de Ligonnès. 

Notre fascination pour les faits divers est, elle-même, fascinante. Peut-on considérer que nous sommes accro ? Et si oui, est-ce la faute des médias ? « Le fait divers fait diversion », affirmait Pierre Bourdieu, il permet de ne pas parler du reste. 

Pourquoi est-il toujours un peu honteux d’aimer les faits divers ? 

Et que dire de leur omniprésence dans la littérature ? Le fait divers est issu du réel mais il est le support de l’imaginaire. Il a une dimension mythologique. Évidemment que la façon de raconter les faits divers et de les donner à comprendre change tout. Évidemment que ce n'est pas la même chose de lire un roman d'Emmanuel Carrère que de se plonger dans le "Nouveau Détective", un journal aux titres volontiers racoleurs. Mais tous ces supports différents, leur nombre, leur variété, leur succès, racontent une même fascination pour le fait divers. Elle s'apparente à un plaisir coupable. 

"En m'éveillant, je voulus procéder à cet acte abominable et voluptueux qui s'appelle lire le journal et grâce auquel tous les malheurs et les catastrophes de l'univers pendant les 24 dernières heures, (...) transmués pour notre usage personnel à nous qui n'y sommes pas intéressés, en un régal matinal, s'associent excellemment à l'ingestion de quelques gorgées de café au lait." - Marcel Proust

Comment comprendre ce mélange d'intérêt et de répulsion que suscite chaque nouveau fait divers? Faut-il y voir une pulsion de mort ? Ou une manière de se rassurer ? Lire en détail le récit d'un meurtre est peut être une façon de bien constater que cette histoire atroce, ce n'est pas à moi qu'elle est arrivée ! 

Le fait divers nous tend un miroir

On entend souvent que les faits divers nous tendent un miroir, que les affaires criminelles dépeignent la société. Mais ne serait-ce pas une façon de nous donner bonne conscience ? Aura-t-on mieux compris ce qu'est un être humain le jour où l'on saura (si on le sait un jour) ce qu'il s'est passé précisément dans la famille Dupont de Ligonnès ? Où est la portée générale ? Voilà les questions que l'on va se poser, entre autres, avec les invités. Autour de la table ce mercredi 10 juillet, Michel Mary, reporter chroniqueur judiciaire au "Nouveau Détective", Frédérique Toudoire-Surlapierre, professeure de littérature comparée et auteure de "Le fait divers et ses fictions", aux éd. De Minuit, Patrick Avrane, psychanalyste, auteur de "Les Faits divers, une psychanalyse", aux PUF et Julien Cernobori, créateur du podcast "Cerno", dans lequel il part sur les traces d'un serial killer et de ses victimes dans une anti-enquête effrénée après  avoir découvert que ce tueur vivait autrefois dans son immeuble.

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