Un potager sur le toit, deux poules qui picorent du pain dur sur la terrasse, et une ferme verticale : l'agriculture peut-elle revenir en ville ?

Potager, ferme verticale, basse-cour urbaine… La ville peut-elle devenir un champ ?
Potager, ferme verticale, basse-cour urbaine… La ville peut-elle devenir un champ ? © Getty / Westend61

Nos invités :

  • Audrey Pulvar, adjointe à la mairie de Paris, délégation Agriculture, Alimentation Durable, Circuits Courts de Proximité
  • Anouck Barcat, paysagiste, présidente de l'AFAUP (Association Française d'Agriculture Urbaine Professionnelle), adhérente au titre de la structure Noocity, lauréate Parisculteurs 3 à l'Unesco
  • Pascal Hardy, ingénieur en agro-développement, président-fondateur de la société Agripolis.
  • Bernard Oudard, arboriculteur à Ussy-sur-Marne (Seine-et-Marne).

A l'antenne également : la chronique de Pierre Maturana, qui évoque la une aujourd'hui sur le site de SoFoot, en compagnie  les dix ans de Norvège-France (2-1), premier match après la débâcle de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud.

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Extraits de l'émission ci-dessous

Où pousse l'agriculture urbaine ? 

Anouck Barcat : "Nos 85 adhérents représentent toutes les techniques de production, tous les profils possibles, tous les parcours pour en arriver là et s'installent dans tous les interstices de la ville, dans toutes les villes de France. L'Agriculture urbaine aujourd'hui, elle se passe, elle éclot et elle a été semée sur tout le territoire. Au sein de l'association, elle compte :

  • 76 hectares cultivés par nos adhérents, 
  • 600 sites exploités (un potager en pied d'immeuble comme une ferme, c'est très large comme définition)
  • 575 emplois générés. 

Audrey Pulvar : "Pour une ville comme Paris, ça se matérialise effectivement sur les toits. Ce sont des places de parking qui peuvent être converties. Ce sont des sous sols qui sont utilisés, des parkings en sous sol. C'est aussi ce qu'on appelle des îlots, c'est-à-dire les terre-pleins centraux. C'est aussi des places ou des chantiers à l'abandon… Des murs, aussi, qui peuvent être reconvertis et utilisés par l'agriculture"

Le plus grand potager d'Europe

Agripolis font pousser sur le toit du Parc des expositions à Paris 14 000 m² de potager, ce qui leur vaut d'ailleurs le surnom de "plus grand potager d'Europe". Pascal Hardy explique : "Ce qui pousse sur ce toit, c'est essentiellement du maraîchage, c'est à dire une quinzaine d'espèces de légumes, des grimpants (tomates, aubergines, poivrons, courgettes). Et puis, sur nos colonnes de culture, beaucoup de fraises, des plantes aromatiques, des salades, etc. On est évidemment moins bien pourvus en fruits parce qu'on ne va pas aller mettre des arbres sur les toits, bien évidemment. Et on est en train de tester les framboises"

On utilise des techniques d'agriculture verticale (des colonnes de cultures qui font deux mètres de haut) ou des gouttières (qu'on trouve par ailleurs dans des serres, par exemple dans le pays nantais). On ne fait pas des salades de manière industrielle, comme ça peut se faire aux États-Unis dans des grands hangars éclairés par des LED : on choisit une voie médiane en essayant d'utiliser des matériels productifs, mais en n'artificialisation pas le milieu, c'est à dire en ne cherchant pas ni à conditionner ni à éclairer artificiellement". 

On essaye de traiter tous les inconvénients de l'agriculture classique en étant vertueux du point de vue environnemental. 

L'agriculture urbaine va-t-elle nourrir la ville ? 

Audrey Pulvar : 

Personne n'imagine remplacer l'agriculture par l'agriculture urbaine. Personne n'imagine nourrir l'ensemble des Parisiens (ou quelque grande ville que ce soit) par de l'agriculture urbaine. 

Mais l'agriculture urbaine, c'est un maillon complémentaire qui est au tout début de son potentiel. En tout cas, sur Paris, on considère que seulement 10% du potentiel de l'agriculture urbaine est utilisé donc, il nous reste encore une grande marge de manœuvre. Mais même si on arrivait à 100%, on ne pourrait pas nourrir avec l'agriculture urbaine l'ensemble des Parisiens, des personnes qui passent à Paris dans la journée sans y rester, parce qu'ils y travaillent par exemple, ou des touristes". 

Des villes plus vertes, moins chaudes

Audrey Pulvar :"On ne peut pas mettre des arbres fruitiers, effectivement, sur les toits, mais on peut les mettre au sol : dans le plan de végétalisation accrue de la Ville de Paris et d'atténuation des effets du réchauffement climatique, il y a 140 000 à 150 000 arbres supplémentaires qui sont prévus d'être plantés pendant ce mandat. J'aimerais bien et j'en discute avec Christophe Najdovski, qui est chargé de cette végétalisation, qu'on prévoit aussi des arbres fruitiers parmi les arbres qui seront plantés.

Pascal Hardy : "L'une des vocations de l'agriculture urbaine, c'est aussi de contribuer à organiser la résilience environnementale des villes. Elle fait sa part pour lutter contre, en particulier, les émissions de carbone et les îlots de chaleur".

Anouck Barcat : "Le lien avec le monde agricole, j'insiste dessus : nous travaillons et nous invitons des agriculteurs à venir visiter les projets - et en général, quand ils en ressortent, ils serrent la main des agriculteurs urbains en leur disant "Bravo, chapeau!".

Des fruits et légumes pollués ?

Le potager sur le toit du Parc des exposition est situé juste à côté du périphérique parisien. Les légumes et fruits produits risquent-ils d'être pollués ? "Non", répond Pascal Hardy : "Une des dimensions importantes de l'agriculture urbaine aussi, c'est d'être un champ d'expérimentation. Il se trouve que nous avons choisi des techniques qui ne captent pas la pollution urbaine. Je ne vais pas rentrer dans les détails techniques, mais c'est un circuit totalement fermé qui fait que l'eau et les nutriments ne sont jamais en contact avec l'air ambiant. On se retrouve avec des produits qui sont parfaitement sains, analyses de labo à l'appui.

L'aquaponie, qu'est-ce que c'est ?

Pascal Hardy : "Vous conjuguez un élevage de poissons avec une production en générale maraîchère : les déjections des poissons servent à nourrir les plantes et inversement, les déchets verts nourrissent les poissons. C'est quelque chose de compliqué à mettre en œuvre, mais qui, apparemment, est assez vertueux". Ce n'est pas vraiment neuf (si ce n'est qu'un ordinateur est souvent impliqué aujourd'hui) : entre 1870 et 1930, par exemple, les maraîchers, horticulteurs et éleveurs qui travaillaient autour de Paris avaient des petites parcelles, mais très productives parce qu'ils utilisaient notamment les engrais naturels que sont les excréments des 80.000 chevaux qui passaient dans Paris

L'agriculture urbaine, caution de l'artificialisation urbaine ?

Anouck Barcat : "Attention à l'agriculture urbaine qui serait une question de l'artificialisation des sols, donc des projets immobiliers qui bétonnent et qui disent "oui mais non, on est une ferme urbaine"  : évidemment, nous nous inscrivons totalement contre cette idée. 

Les agriculteurs urbains s'installent donc dans des espaces très contraints, inutilisés. Et il faut absolument que toutes ces techniques, toute cette recherche, aillent dans le sens de pouvoir faciliter leur installation sur n'importe quel support."

Vers une consommation plus locale

Pascal Hardy : "Une des choses qui a fait le plus mal à la Ville, mais aussi à la campagne, c'est cette notion de zonage très séparées, avec des zones assignées pour le résidentiel, des zones assignées pour l'industrie, des zones assignées pour le commerce et des zones assignées pour l'agriculture qui se sont éloignées de plus en plus des villes jusqu'à aller à l'étranger sous l'effet de la mondialisation. On se retrouve avec des systèmes alimentaires qui sont très déséquilibrés et qui, finalement, ne sont pas à l'avantage ni des urbains ni des agriculteurs. Cette notion de l'interpénétration des différentes zones et des différentes possibilités, c'est peut être une voie, effectivement, pour redonner un meilleur lien entre l'agriculture et les lieux de consommation"

Anouck Barcat : "Je voudrais quand même juste donner un petit peu de lumière aux projets d'agriculture urbaine qui ont cette connotation très sociale. On a beaucoup de potagers en pied d'immeuble. On a des associations formidables qui montent des potagers avec des populations en précarité, avec des publics fragiles, avec tout simplement les habitants du quartier, par exemple à Tours, Lorient, Quimper, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Lille - il y en a partout

Il y a des projets qui utilisent le maraîchage comme outil d'insertion sociale. Ce sont des projets formidables. Il va vraiment falloir qu'on aille plus loin dans cette piste là parce que c'est un outil formidable d'insertion sociale. Et à chaque fois, avec une création de lien pour les habitants. 

L'Agriculture urbaine contribue à soigner des villes qui ne vont pas très bien, dans lesquelles il n'est pas très agréable de vivre. On dit 'Est-ce que les champs peuvent revenir dans la ville ?" ; moi, je pense que la vraie question, c'est "Comment faire revenir un peu de bien-être : non seulement de fraîcheur, mais surtout de bien être humain et social ?" Au secours, on a chaud, on ne se parle plus, on ne sait plus d'où vient notre nourriture… C'est une dystopie, cette vie !

Aller plus loin

Présentation de l'ASAUP et de ses actions :

Les invités
  • Audrey PulvarAdjointe à la mairie de Paris, délégation Agriculture, Alimentation Durable, Circuits Courts de Proximité
  • Anouck BarcatPrésidente de l'Association française d'agriculture urbaine professionnelle (Afaup)
  • Pascal HardyIngénieur en agro-développement, fondateur de la société Agripolis
  • Bernard OudardArboriculteur à Ussy-sur-Marne
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