L’une a besoin de temps long pour garder sa crédibilité, l’autre de réponses rapides et concrètes. Alors comment concilier les deux et éviter la confusion… L’opinion est-elle plus forte que la science ?

L'opinion est-elle plus forte que la science ?
L'opinion est-elle plus forte que la science ? © Getty / illustration

Ces derniers mois, la crise du coronavirus a malmené la science. Controverses autour de l’hydroxychloroquine, revues scientifiques dénoncées pour leur manque de sérieux, scientifiques peu scrupuleux: la parole scientifique s’est vue remise en cause par une partie de la société. 

Et certains sondages ont pu inquiéter: dans une étude d'avril 2020, le Centre de recherches politiques (Cevipof) indique par exemple que 64% des sondés pensent que “le bon sens est souvent plus utile que les connaissances scientifiques”.

La science, un processus de production de savoir qui prend forcément du temps

Mais cela veut-il dire que le savoir scientifique est contesté? La désinformation autour des connaissances est un enjeu majeur dans une crise mondialisée, et la communication scientifique doit jouer un rôle central. Cependant, la crise a surtout montré deux temporalités distinctes entre la science, "un processus de production de savoir qui prend forcément du temps”, comme le décrit Catherine Bourgain, et les réponses rapides voulues par la société et le champ politique.

Des erreurs et des fautes au sein du monde scientifique

Mais il ne faut néanmoins pas minimiser les failles d’une partie du monde scientifique. Le scandale de l’article du Lancet, qui décrivait certains effets néfastes de l’hydroxychloroquine à partir de données fausses, a mis en lumière les pratiques douteuses de la publication scientifique. Les débats sur l’hydroxychloroquine ont aussi mis l’accent sur les financements privés dans la science. 

Il faut être extrêmement transparent sur les contrats.

De nombreux chercheurs se sont vus critiqués, notamment par Didier Raoult, pour de potentiels conflits d’intérêt avec des laboratoires comme Gilead, qui vend un médicament “concurrent” de l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le virus. Dominique Costagliola, qui était au “board” de ce laboratoire jusqu’en 2015, reconnaît avec franchise ses liens: “il faut être extrêmement transparent sur les contrats. Mais le fait que je n’ai pas trouvé les données produites par Raoult convaincantes ne veut pas dire que j’ai dit du bien du produit de Gilead.”

Le problème reste tout de même que ces liens avec le privé “fragilisent la capacité des scientifiques à dire: ‘nous parlons au nom du bien commun’”, comme l’explique Catherine Bourgain.

“L’empowerment des lecteurs”

A l'inverse, ces problèmes pointés du doigt ont fait émerger un certain “empowerment” des lecteurs, comme l’a décrit Didier Torny. Dans le cas du Lancet, c'est en effet une “collection de regards, d’enquêtes et de contre-enquêtes” qui a agi en ligne, via des mails et les réseaux sociaux contre le journal scientifique, ce qui a provoqué le retrait de l’article incriminé.

Sciences ouvertes, ouverture des recherches aux citoyens: c’est aussi finalement par la remise en cause de l’institution scientifique comme objet de savoir absolu que le champ scientifique pourra ressortir grandi de la crise. 

La science est quelque chose d'essentiel dans notre société, il est important de la protéger      
(Catherine Bourgain)

Nos invités :

  • Catherine Bourgain, chargée de recherche en génétique humaine et statistiques à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) et membre du comité d’éthique de l’Inserm.
  • Didier Torny, sociologue, directeur de recherche au CNRS. Il mène des travaux sur l'évaluation de la recherche et sur l'économie politique de la publication scientifique.
  • Dominique Costagliola, épidémiologiste et biostatisticienne, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (Sorbonne Université, Inserm). Spécialiste du VIH, elle est impliquée depuis janvier dans le suivi de la pandémie de Covid-19, notamment en tant que membre du comité scientifique de REACTing, le consortium de l’Inserm qui coordonne la recherche française pendant les épidémies.

Vous souhaitez témoigner ou réagir ? Rendez-vous sur l’application France Inter ou sur Twitter, #ledebatdemidi

À la une sur le site du Huffington Post, le retour des vieilles habitudes après le déconfinement : le média a réalisé avec l'institut YouGov un sondage auprès de 1000 Français. Grégory Rozières, chef du service science du Huffington Post, nous en parle. 

Les invités
Programmation musicale
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.