Ce réalisateur français a été condamné pour harcèlement sexuel.

Quand on entre dans cette petite salle d'audience, on s'attend à tomber sur un grand réalisateur qui va se défendre avec toute la force qu'on lui connait, celle qu'il déploie dans ses films "De bruit et de fureur", "Noce blanche" ou "Les savates du Bon Dieu". Et puis, non, pas vraiment. 

Parce qu'il en fait trop Brisseau. Parce qu'il est dans la fuite. Parce qu'il n’est pas très sympathique ce géant aux cheveux blancs et longs, dégaine débraillée, lunettes rafistolées avec du scotch, grande gueule. Il interrompt le président à tout bout de champ et surtout, surtout, il traite les 4 femmes qui ont porté plainte contre lui de menteuses. Et pourtant, elles racontent toutes la même chose...

Même Vanessa Paradis est passée par là

Véronique, Noémie, Claude et Julie ont vécu les mêmes castings avec Brisseau. C'était au début des années 2000, il préparait 'Choses secrètes', "un film sur le plaisir et l'interdit" raconte-t-il à la barre. "Je voulais traiter la question du plaisir féminin comme Hitchcock traite celle de la peur". 

Alors il cherche des amatrices, leur donne rendez-vous dans un bureau ou au fond d'un resto, parfois, il a une caméra, parfois pas. Mais à chaque fois, ça dérape. Brisseau leur demande de relever un peu la jupe, et de le troubler. Il leur dit : "Si tu n'y arrives pas ici, tu n'y arriveras pas sur le plateau de tournage devant toute l'équipe, alors, surpasse-toi. Même Vanessa Paradis est passée par là pour avoir son rôle dans Noces Blanches". Une fois, deux fois, trois fois... six fois, la même séance recommence. Et les jeunes femmes ne refusaient pas.

"On était sous son emprise" proteste Noémie, "au début, j'avais beaucoup d'admiration pour lui, de l'affection même, et j'étais tellement impressionnée par tout ce qu'il avait fait avant. Et puis, il nous disait qu'on était merveilleuses, qu'on était ses héroïnes. Mais il n'était jamais satisfait, il cherchait toujours autre chose, et à chaque fois on retombait dans la spirale.

Noémie tombe en dépression mais elle continue les pseudo casting de Brisseau. "L'emprise est un phénomène dont on ne se rend pas compte, sauf quand on en sort."

C’est de la jalousie et de la manipulation

Face à ces jeunes femmes encore traumatisées, Jean-Claude Brisseau évacue la question. Il s'énerve. Devient même grossier. "Je l'aimais bien la petite Noémie, mais c'est elle qui se masturbait sans arrêt, ça en devenait gênant". Et il en rajoute : "Ce que je filme fait fantasmer deux femmes sur trois dans le monde, mais personne n'ose le dire. Même l'extase de Thérèse d'Avila est un orgasme de femme. Alors, toutes ces accusations, c'est de la jalousie et de la manipulation. Parce qu'elles n'ont finalement pas été retenues pour le tournage. La petite Claude m'a croisé un jour Place de la République et elle m'a lancé 'tu vas en chier en justice'". 

Et Brisseau conclut : "De toutes façons, les films érotiques, c'est fini, plus jamais je me lancerai dans de tels projets, c'est trop compliqué." "Vous êtes conscient d'avoir cassé toutes ces femmes ?" demande le Président. "Je regrette toute cette souffrance, mais c'est le cinéma qui veut ça" évacue Brisseau. "Maintenant, je dis à chaque fois : ne faites pas ce métier, faites autre chose, actrice, c'est douloureux et impitoyable.

Il leur a coupé les ailes

Derrière le réalisateur, la procureure voit d'abord un grand manipulateur. "Je me demande même s'il n'éprouve pas quelque fierté à être là" ironise-t-elle, en regrettant au passage que des subventions de l'Etat aient été détournées pour la seule la jouissance personnelle de Brisseau. 

"Les victimes sont particulièrement courageuses d'être venue affronter votre violence" attaque la magistrate, "vous avez une capacité extraordinaire à retourner la situation en votre faveur. Alors Monsieur Brisseau, je ne connais pas vos films, et j'en n'ai pas envie" évacue la procureure. "Il nous dit qu'il est brisé ? Je n'en crois rien. Il n'a pas le moindre remord. C'est elles qui sont brisées, il leur a coupé les ailes". 

Et la procureure réclame 2 ans de prison avec sursis et une obligation de soins. Le tribunal se montrera un peu moins sévère. Avec une peine d'un an de prison avec sursis, pas d'obligation de soin. Les magistrats ont reconnu le harcèlement mais pas les agressions sexuelles. De cette aventure judiciaire, Jean-Claude Brisseau en fera un film très critique "Les anges exterminateurs". 

C'est un procès a troublé Jean-Philippe Deniau à plus d'un titre. D'abord parce que Jean-Claude Brisseau était pour lui, et il reste encore aujourd’hui, un réalisateur qui a su parfaitement montrer les démons de notre société. Mais Brisseau a également été 20 ans plus tôt le prof de cinéma génial qu'il a eu la chance de fréquenter à l'IUT de Paris, il se souviens de sa connaissance parfaite de l'œuvre de Truffaut et des ciné-clubs enflammés au cours desquels on refaisait le monde à l'issue des projections. Alors, en 2005, la confrontation soudaine avec un Brisseau délinquant a demandé au journaliste qu'il était devenu un effort particulier pour rendre compte de la manière la plus équilibrée possible de cette audience pas comme les autres. Et aujourd'hui encore d'ailleurs.

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