Les deux hommes étaient accusés d'avoir assassiné une riche veuve, puis d'avoir maquillé le crime en suicide, pour toucher un gros pactole.

Maitre Marc Rouchayrole, avocat général à Nanterre pour le début du procès de deux hommes, Franck Renard-Payen et Olivier Eustache accusés d'avoir "suicidé" une riche veuve.
Maitre Marc Rouchayrole, avocat général à Nanterre pour le début du procès de deux hommes, Franck Renard-Payen et Olivier Eustache accusés d'avoir "suicidé" une riche veuve. © Maxppp / PHILIPPE LAVIEILLE/PHOTOPQR/LE PARISIEN

C'était une histoire simple, a priori. La victime s'appelait Dominique Aubry, elle avait 57 ans. Veuve d'un richissime antiquaire, elle est retrouvée pendue un matin de décembre 2005 dans l'escalier en colimaçon de la luxueuse péniche où elle vit, à Neuilly.

Les derniers à l'avoir vue en vie sont deux amis avec qui elle dînait la veille. Franck, qu'elle considérait comme son fils spirituel, et Olivier, rencontré l'été précédent; les deux hommes ont 20 ans de moins qu'elle. 

Détail qui va tout de suite changer le sens des investigations : Dominique avait, deux mois avant sa mort, changé son testament, avec l'aide d'Olivier; pour faire de Franck son légataire universel. L'héritage ? Une coquette somme de 14 millions d'euros, ainsi qu'une assurance vie de 900 000 euros. La famille de Dominique ne croit pas au suicide. Franck, un fils de bonne famille qui n'a pas brillé dans les études, est endetté, Olivier a une réputation de noceur... On ouvre une enquête, les experts se contredisent.. L'un estime "probable" que la victime ait été étranglée avant d'être pendue, les autres n'excluent pas le suicide.

On fait même intervenir un chien dans l'enquête

Le juge d'instruction organise une reconstitution, sur la péniche, avec le chien de la victime, pour voir si la bête aboie sur les suspects... 

Elle igniore le premier, et fait la fête au second : ce n'est pas franchement concluant.

Mais il y a ces détails troublants. Dominique avait 2 grammes 4 d'alcool dans le sang, elle avait aussi pris des médicaments, était elle physiquement capable de se pendre, de faire un noeud, de se hisser sur une chaise?

C'est avec ce scénario en forme de polar à la Agatha Christie que l'on arrive au procès des deux hommes, en mars 2014, à Nanterre. 

Plus de huit ans ont passé depuis les faits, les accusés, Franck Renard-Payen et Oliver Eustache comparaissent libres.

Et ce qui va se révéler à l'audience, c'est une tout autre histoire.

Pourquoi ?

C'est toute la différence entre un dossier sur le papier, et les personnes accusées, en chair et en os. 

Les deux hommes présentent bien, élégants, chaussures bien cirées, l'air un peu emprunté, ils ont 44 et 42 ans. 

On leur donne la parole, après la lecture de l'arrêt de renvoi. D'une voix posée, Oliver Eustache articule. "Je suis innocent, Franck est innocent: la lecture de cet arrêt est insupportable". Franck Renard Payen, plus fébrile, dit la même chose d'une voix tremblante : je suis innocent, Mr le président.
C'est bête, mais voilà ce que j'ai écrit sur mon carnet d'audience : "ils n'ont pas des têtes de coupables." 

Ce qui ne préjuge de rien bien sûr; mais cette impression, ce décalage entre le machiavélisme des faits et la personnalité des accusés ne va faire que s'accentuer au cours du procès.

Ca passe par quelque chose de vivant, les témoignages ?

Un défilé de témoins pour Franck Renard Payen ; sa famille, mais aussi son ex-femme, répètent qu'il est gentil, charmant, sensible, un peu superficiel, généreux. Franck, c'était un peu comme le fils de Dominique et de son mari Jean, l'antiquaire. Qu'est ce qui pouvait bien lier ce fêtard trentenaire et le couple? Le sens de la fête, la légèreté, justement. "C'était un couple de bourgeois-rock and roll', raconte à la barre une amie, fusionnel et fantasque; ils s'étaient rencontrés à 16 ans. S'entourer de jeunes, c'était un moyen de ne pas s'encroûter. 

Mais Jean meurt subitement, dans l'avion qui ramène le couple de l'ile Maurice, en janvier 2005. 

Un choc pour Dominique, qui va sombrer, les mois suivants, dans l'alcool, les médicaments et la dépression.

La petite bande d'amis se relaie auprès d'elle pour lui changer les idées, la mettre au lit quand elle a vraiment trop bu.

En juillet 2005, "elle gobe toute sa pharmacie avec de la vodka", raconte une amie. c'est Franck qui l'emmène à l'hôpital.

en octobre, à Olivier Eustache, qui a fait un peu de droit, elle demande de l'aide pour changer son testament. 

Elle est brouillée avec son frère, ne veut pas qu'il hérite de la fortune de son mari; lui dit-elle.

Voilà comment Franck Renard Payen se retrouve l'héritier d'une jolie fortune. Au procès, il assure qu'il ne le savait pas. 

Un mobile aussi fantastique, un magot pareil, on comprend que cela ait pu faire dérailler l'accusation. 

Mais de même qu'il y a des crimes sans mobiles, il y a aussi des mobiles sans crime.

Toute l'accusation s'est effondrée

A l'audience, le seul expert qui concluait à l'étranglement avant la pendaison de Libé n'était plus si sûr de lui. Pareil pour le noeud coulant, pas si compliqué finalement. 

Le procès s'est terminé avec l'acquittement des deux hommes, qui ont fondu en larmes.

Et l'on est repartis avec une toute autre histoire. Pas celle d'un assassinat crapuleux, non. 

Mais l'histoire d'un chagrin d'amour inconsolable, et d'amis devenus une famille de coeur, bien plus que la famille de sang.

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