Ils ont comparu devant les assises du Nord pour avoir infligé des supplices - des tortures - à Marc, 5 ans, le fils d'Isabelle, jusqu'à ce qu'il en meure.

Raphael Thery (D) et Frank Berton (2eD), les avocats de David Da Costa
Raphael Thery (D) et Frank Berton (2eD), les avocats de David Da Costa © AFP / DENIS CHARLET

David Da Costa et d'Isabelle Gosselin ont comparu devant les assises du Nord en 2008 pour avoir infligé des supplices et des tortures à Marc, 5 ans, le fils d'Isabelle, jusqu'à ce qu'il en meure. La particularité de ce procès, c'est que deux médecins, une amie de la famille, les grands parents et les oncle et tante de Marc étaient également poursuivis, ils comparaissaient pour non-assistance à personne en danger, accusés d'avoir su et de n'avoir rien dit. Moment terrible de ce procès : l'audition de François, le frère ainé de Marc. François n'a jamais été frappé par son beau-père mais il a vu son frère mourir sous ses yeux, il avait 7 ans...

Il ne se plaignait jamais, il ne disait jamais rien

Quand François est entré dans la salle d'audience, le public était en recueillement. Dans le box, sa mère avait préparé des mouchoirs. François serrait son doudou, entouré d'une psychiatre et de ses 2 avocats qui dressent ainsi un écran l’empêchant de croiser le regard de sa maman. C’est ce qu’il a souhaité, François. Il en a même fait une condition pour accepter de venir témoigner à ce procès.

- "Je m’appelle François, je suis né le 29/12/98, je suis en cm1", dit le garçon, debout, juste devant le président de la cour d'Assises.

Michel Gasteau rebondit, d'une voix douce :

- "Et ça marche bien ?

- Oui.

- Tu sais pourquoi tu es là aujourd’hui ?

- Oui.

- Quels sont tes souvenirs ?

- C'est vers Noël, confie François, c’est à partir de là que les ennuis ont commencé.

- C’était quoi les ennuis ?

- Des coups.

- Tu y as assisté ?

- Non.

- Jamais ?

- Jamais.

- Mais tu as vu les bleus ?

- Oui, sur le visage et sur les bras.

- Pourquoi Marco avait-il ces bleus ?" tente le président.

- "Aucune idée, franchement, je ne sais pas", répond François

- "Marco n’était pas gentil avec lui ?" tente le président en désignant le beau-père

- "Si, très sympa.

- C’était quand la dernière fois que tu as vu Marco ?

- Je ne me rappelle plus.

- Vous dormiez dans des lits superposés, tu lui as dit au revoir, il t’a répondu bonne nuit avec une drôle de voix ?

- Je ne sais plus vraiment. C’est un peu difficile", tremble François

- "Quand il y avait des coups, ta maman fermait la porte ?

- Oui, pour pas que je m’en souvienne.

- Marc ne criait jamais ?

- Jamais. Il ne se plaignait jamais, il ne disait jamais rien.

- Et toi, tu as reçu des coups ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Je ne comprends pas.

- Ta maman te demandait de ne rien dire à tes copains ?

- Je n’avais pas le droit de parler sinon il me frappait.

- Tu ne vas plus voir ta maman en prison ?

- Non, j’ai réfléchi", confie François qui ne parvient plus à retenir ses larmes. 

- "Elle t’envoie des lettres ?

- Je ne les ouvre pas.

- Tu n’as pas envie ?

- Non, je dis à Brigitte [la psychologue de François] de les mettre à la poubelle, j’veux plus qu’elle m’envoie de colis, j’veux qu’elle arrête.

- Elle t’a entendu", rassure le président. "Tu es très en colère ?

- Oui, très en colère, contre monsieur Da Costa et contre ma mère. Je ne veux pas repartir avec elle, je suis dans une bonne famille et je ne veux pas la quitter.

- Il faut que tu saches qu’aujourd’hui, c’est nous qui sommes responsables de tout ce qui va se passer maintenant, c’est pas les enfants, c’est les adultes.

- Oui, je sais, j’ai pas l’âge.

- Ce n’est pas une question d’âge", explique le président Gasteau, "mais toi, tu as d’autres choses à faire et nous, on s’occupe de tout.

François quitte la salle par la porte habituellement réservée à la Cour et au jury. Encadré par ses avocats et sa psychologue. Ils raconteront plus tard que l’enfant s’est effondré en larmes juste derrière les assises, il leur a dit qu’il était fier d’avoir fait ça pour son frère et content que sa mère ait entendu qu’il ne voulait plus avoir de ses nouvelles. 

Le calvaire du Christ, c’était une promenade de santé par rapport à ce qu’a vécu Marc

- "Ecoutez, écoutez le silence", a entamé l'avocat général Luc Frémiot. "_C’est le procès du silence où coexistent les aveugles, les sourds, les muets. Où est passé Marc ? Il a quitté la scène sur la pointe des pieds, l’indifférence s’en est allée. Malheur à une société qui ne protège plus ses enfants. Avec Marc, on a comme l’impression d’un rendez-vous manqué, d’une fiction, on ne peut pas comprendre qu’il soit mort sans que personne n’ait bougé le petit doigt. Le calvaire du Christ, c’était une promenade de santé par rapport à ce qu’il a vécu. Marc était seul. Il était seul. Ecoutez le désespoir de cet enfant de 5 ans, il a dû apprendre à garder les yeux ouverts quand les autres enfants dorment, je revois cette petite chambre aux rideaux tirés, il a rêvé d’abyme dans lequel il est tombé, la douleur était sa seule compagne et elle a grandi jusqu’à l’épuiser. Marc est mort nu sous une couette en position fœtale. Marc mon petit garçon, mon ami, mon amour", h_urle Luc Frémiot. 

Avant de requérir la perpétuité contre le couple et deux à trois ans de prison avec sursis contre ceux qui n'ont rien dit. 

La cour d’assises prononcera la réclusion criminelle à perpétuité contre David Da Costa, une peine de 30 années de réclusion pour Isabelle Gosselin, de la prison avec sursis contre les 7 prévenus, avec des amendes de 60 et 75 000 euros contre les deux médecins. 

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