"Foule sentimentale... faut voir comme on nous parle". Cinq ans à écouter précisément "comme on nous parle" pour pointer les tics et les creux du langage médiatique, les errements sémantiques de nos politiques, les raccourcis voir inepties des animateurs de télé et nos affligeants mimétisme à nous, les journalistes...

Voilà c'est fini. C'était le dernier gimmick de Frédéric Pommier.

Ce matin, il était 4 heures 8 quand mon réveil a sonné… Quand je prends le train de 5 heures 9, je mets mon réveil à 4 heures 8… Et quand je prends celui de 6 heures 9, je mets mon réveil à 5 heures 8. Et je le mets à 6 heures 5, quand je prends le train de 7 heures 6… Les horaires, je les connais par cœur. Mes horaires de départ. Mais pas mes horaires d’arrivée, ils sont tellement aléatoires… Les voies de la ligne Caen-Paris sont totalement impénétrables…

Je me souviens qu’un jour, il y avait des feuilles qui gênaient la motrice. Un autre jour, je me souviens, c’était un éboulement de terrain… Un autre encore, on nous a dit qu’une maman sanglier avait accouché sur les rails… Le temps de baptiser les petits, on a dû s’arrêter au moins 50 minutes. Et puis la semaine dernière, on a carrément démarré avec deux heures de retard – et ce, même pas à cause des grèves, mais parce que personne ne savait où était la locomotive… C’est ce que le contrôleur a lancé dans les haut-parleurs : « Messieurs-dames, va falloir être patient, parce qu’on a perdu la loco ! Alors bon, ne vous énervez pas, ça sert à rien, y’a qu’à attendre et désolé s’il fait trop chaud, la climatisation marche pas… »

La blonde assise côté couloir m’a alors donné un coup de coude : « Non mais c’est tout de même incroyable ! Vous avez vu comme on nous parle ? » A quoi j’ai répondu :

  • « Non, mademoiselle, je n’ai pas vu !

  • Comment ça, vous n’avez pas vu ?

  • Je n’ai pas vu, mais j’ai entendu… »

Et c’est à ce moment-là que je me suis mis à fredonner votre chanson, Alain Souchon. En essayant le verbe entendre, en lieu et place du verbe voir… « Foule sentimentale… Faut entendre comme on nous parle… Comme on nous parle… » En fait, ça fonctionne nettement moins bien. Donc je valide votre texte. Je valide vos paroles, lesquelles, du reste, n’ont cessé de m’accompagner et de me guider pendant ces cinq années de gimmick hebdomadaire…

Cinq ans à écouter précisément « comme on nous parle », pour pointer les tics et le creux du langage médiatique. Les errements sémantiques de nos politiques, les raccourcis, voire inepties des animateurs de télé, et nos affligeants mimétismes, à nous, les journalistes… Nous nous sommes amusés de ces bras de fer qui font tâche d’huile et de ces serpents de mer qui font bouger les lignes… Nous nous sommes amusés de ces plats très malins sortis de leur contexte et de ces signatures vocales qui agitent le chiffon rouge… Nous nous sommes amusés des camouflets qui jettent l’éponge… Nous nous sommes amusés des assassins qui courent toujours…

Je me souviens, Pascale, de cet après-midi où installés tous deux sur un canapé jaune, nous nous sommes mis d’accord sur le principe de cette chronique. Ce jour-là, vous aviez une jupe et moi, j’avais la peur au ventre. Puis il y eût votre rire. Et celui de Nicolas, de Thomas, de Bruno, de Guillaume et d’Eva… Grâce à vous, j’ai été heureux de faire de ma grand-mère une star… Heureux de régler mes comptes avec ma vieille voisine au caniche abricot… Heureux d’imaginer que je passais mes soirées avec Diane Kruger…

Ce matin, comme tous les mardis, il était 4 heures 8 lorsque mon réveil a sonné. Mais le train de 5 heures 9 n’est jamais parti. Celui de 6 heures 9 non plus. Cette fois, problème de caténaire à la gare de Lisieux… Raison pour laquelle je ne suis pas en studio pour saluer le parrain de l’émission… Mes amitiés, Alain. Mes amitiés, Pascale… A la rentrée, je ne sais pas à quelle heure sonnera mon réveil… Je ne sais pas encore ce que je ferai la saison prochaine. Vraisemblablement plus de gimmick… Celui-ci était le dernier… Et je crois pouvoir vous dire que vous me manquez déjà…

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