A la radio, toutes les semaines, on reçoit des messages de notre direction, et d’autres des bureaux de communication interne. C’est, parfois, pour nous annoncer une nomination. Un nouveau patron pour le site internet, une nouvelle repasseuse de chemise au service de Patrick Cohen… Il arrive également que ces mails nous informent des postes à pourvoir : un poste de journaliste politique à Pau, un coiffeur pour les chroniqueurs de l’émission… « Comme on nous parle » … Mais moi, j’avoue que les messages que je lis le plus attentivement, ce sont les faire-part de décès. Les mails qui nous font part du décès d’un collègue.

Radio France, c’est un très gros groupe, des milliers de personnes et, du coup, chaque fois, je me dis : « Tiens, est-ce que je l’ai croisé, ce Jean-René Cercueil qui fut vigile pendant 30 ans au niveau de la porte B ? » (« Un vigile apprécié de tous » , dit le communiqué.) Chaque fois, je me dis :« Tiens, est-ce que je l’ai croisée, cette Marie-Pierre Sapin qui, pendant 40 ans, fut documentaliste à la bibliothèque ? (« Une grande professionnelle » , dit le communiqué.)

Chaque fois, j’essaie de me figurer ce qu’avait été leur vie. J’imagine Marie-Pierre dans sa bibliothèque, j’imagine Jean-René devant la porte B… Et puis je me demande aussi ce qu’on dira pour moi. Si je meurs, là, demain, il dira quoi, le communiqué ? Que j’étais bien coiffé ? Et d’ailleurs, est-ce que j’aurai droit à un communiqué ? Ce n’est même pas sûr… C’est bizarre de parler de la mort, comme ça, à 9 heures du matin. De sa propre mort, je veux dire… La mort des autres, c’est plus facile. D’autant que la mort, c’est la vie. Encore que, pour revenir à Jean-René Cercueil et Marie-Pierre Sapin, la formule par laquelle on nous a annoncé qu’ils venaient de mourir m’a laissé un peu circonspect… L’un comme l’autre, nous a-t-on dit, sont « décédés des suites d’une longue maladie » … Une tournure qu’on entend, du reste, très souvent, mais qui pose au moins trois problèmes...

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