La cuisine des chefs ne peut concurrencer la cuisine maternelle, car nous sommes sur un autre registre. Nathalie Azoulai a une jolie expression. Sa mère "respire dans ses livres". Les saveurs de sa mère ont le goût de l'exil et de l'intégration.

Nathalie Azoulai
Nathalie Azoulai © AFP / Joël Saget

Quand elle pense à sa mère, plusieurs sensations affluent : "il y a des sensations visuelles, tactiles, auditives. Et puis il y a des sensations olfactives qui sont liées à tout ce qu'elle a pu me donner à manger. Il y avait une transmission qui se jouait aussi dans ce savoir-faire. L'enjeu, c'était que ça ne se perde pas, que ça passe dans le palais des enfants.". 

Cette cuisine était orientale. Elle venait d'Égypte principalement. 

J'avais honte de cette cuisine parce qu'elle était très odorante et que quand on arrivait, on pouvait la sentir. 

Nathalie Azoulai se souvient qu'elle adorait aller chez ses amis et découvrir des plats ultra français, les goûter, les apprécier et en faire la publicité quand elle rentrait chez elle. Pour l'enfant qu'elle était, cette cuisine française entrait dans un processus d'intégration.

Il suffisait que j'émette un vœu culinaire qui était lié à une autre cuisine que la sienne pour qu'elle l'exauce.

Il y a donc eu chez les Azoulai une "période choucroute" : "j'avais goûté de la choucroute chez une copine. Ma mère se faisait un point d'honneur à aller chercher une barquette. Je me souviens, c'était tous les samedis matin. 

En y pensant aujourd’hui, je me dis qu’il y avait dans cette barquette fumante beaucoup plus qu’une part de choucroute. C’était en réalité une mission que ma mère me faisait ingérer, celle de devenir française en assimilant une nourriture qui ne venait pas de « là-bas », une nourriture occidentale, transgressive, même un peu barbare."

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