Elle était la doyenne de la photographie humaniste française. Sabine Weiss, qui a immortalisé aussi bien les puissants que les pauvres, les célébrités que les anonymes, témoignant du quotidien d'une époque disparue est décédée à 97 ans. Voici son Grand atelier.

Sabine Weiss
Sabine Weiss © Radio France / Vincent Josse

Elle est moins connue que Doisneau, et pourtant, son regard sur les autres est le même, curieux, plein d'empathie. Sabine Weiss ouvre les portes de son atelier. Nous voici dans sa maison dans le 16e arrondissement qu'elle occupait avec son mari, le peintre américain Heurtebise, dès les années 50. 

Elle est une véritable artiste, même si elle s'en est toujours défendue. Elle préfère dire qu'elle a été témoin de son époque, de l'injustice sociale notamment. Elle fait partie du courant humaniste de la photo, aux cotés de Doisneau ou Willy Ronis.  Sabine Weiss a fait toutes sortes de photos dans le monde entier. Elle a suivi des hommes politiques, photographié pour la mode ou la publicité, mais a su rester très modeste.  

Sabine Weiss venait de recevoir le le Prix Women In Motion 2020 de la photographie. Elle sortait son livre Emotions, sélection de 200 photographies noir et blanc (La Martinière, 2020) 

Une grande travailleuse au caractère modeste 

SW : "Que dire de moi ? Oui, je suis un peu modeste, je suis très travailleuse et je suis assez contente de moi d'ailleurs. Je ne fais plus beaucoup de photos mais pour ce qui est de la photographie numérique, je ne prends pas ces gros appareils que les professionnels ont. Je ne travaille qu'avec des petits appareils. J'ai un Fuji très pratique !" 

Après 80 années, un désir photographique insatiable

SW : "J'ai beaucoup de plaisir à voir mes photographies anciennes. C'est bien ma vie que je vois au travers. La photo vous permet tant de choses. C'est un tellement bon prétexte. C'est épatant d'être photographe, de pouvoir frapper à une porte, et découvrir l'autre, c'est merveilleux. Dans le temps, il faut dire qu'on se promenait beaucoup plus parce qu'on n'était pas embêtés par la télé".

On a toujours cru que j'étais la spécialiste de quelque chose alors que j'étais une vraie généraliste

J'étais seule à prendre des photos chez moi. Je portais tout et j'arrivais à photographier des choses à la bougie, l'après-midi des choses avec des gros gros flash. C'était très varié". 

J'étais un artisan mais pas artiste, je le revendique car ne je crée pas, je fais juste ce que les gens me donnent

Style et devise 

SW : "J'aimais beaucoup les gens très naturels.

Compassion et atmosphère font partie de ma photo. Je suis toujours très près de mes sujets

Une photographe sociale et humaniste

Je n'avais aucun but de rendre compte. Je photographiais spontanément ce que je le voyais. Notamment la misère sociale. J'aime bien les humains. Photographier les plus précaires, c'est aussi pour eux une reconnaissance. Comme Robert Doisneau j'avais comme une envie de rendre compte de la misère sociale. 

Aujourd'hui je sors très peu dans la rue pour photographier parce il y a beaucoup moins de choses à admirer et on n'est pas bien accueilli.

Et c'est très frustrant de se dire que, aujourd'hui, avec les moyens que l'on a la photographie devient si facile".

La suite à écouter…

Programmation musicale 

  • Claim Me - Lou Doillon  
  • April in Paris - Ella Fitzgerald 
  • L'art de la fugue bwv 1080, contrapunctus n°6 (JS Bach) - Zhu Xiao-Mei  
  • Sous les ponts de Paris - Mélodie Gardot et Juliette Gréco 
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